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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303105

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303105

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a refusé de lui accorder le délai de départ volontaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à Me Matrand en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il ne mentionne pas qu'elle travaille ;

- le refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 19 juillet 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Van Muylder.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 27 juillet 1965, est entrée régulièrement en France le 24 juillet 2021 afin de retrouver sa fille, ressortissante italienne résidant en France. Mme A était titulaire d'un titre de séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, dont la validité a expiré le 13 juin 2023. Par arrêté du 31 mai 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Mme A qui n'a pas présenté de demande d'asile ne peut utilement invoquer ces dispositions.

3. En deuxième lieu, la méconnaissance du droit d'être entendu reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et par les principes généraux du droit de l'Union européenne ne peut être utilement soulevée à l'encontre d'une décision relative au séjour qui, contrairement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français qui sont notamment régies par la directive n° 2008/15/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, ne peut être regardée comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne ou comme régie par celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

5. En quatrième lieu, Mme A n'établissant pas qu'elle avait informé le préfet de son activité professionnelle, elle ne peut dès lors soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur de fait en indiquant qu'elle ne travaille pas.

6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle ne remplit au demeurant pas les conditions. Elle ne peut, dès lors, pas soutenir que le préfet, qui n'est pas tenu d'examiner la situation du demandeur au regard de l'ensemble des dispositions du droit au séjour, a méconnu l'article précité. Le moyen ainsi soulevé, ne peut, par suite qu'être écarté.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

8. A l'exception de sa fille citoyenne de l'union européenne, Mme A, qui est célibataire, ne justifie pas d'attaches personnelles et familiales sur le territoire français, et ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-six ans. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnaît les stipulations précitées.

9. Enfin, aux termes de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif, notamment, au droit de toute personne à travailler et à exercer une profession librement, ne saurait utilement être invoqué à l'encontre de la décision attaquée, qui ne met pas en œuvre le droit de l'Union.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 31 mai 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, Me Matrand et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

Signé :

G. ARMAND

La présidente-rapporteure,

Signé :

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé :

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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