jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | BARON COSSE ANDRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2023 et 15 février 2024, la SAS Viabilis " La qualité du territoire ", représentée par la SELARL Arès, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le maire d'Aviron a refusé de lui délivrer un permis d'aménager un lotissement de vingt-deux lots à bâtir, ensemble la décision du 19 juin 2023 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Aviron de lui délivrer le permis d'aménager sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aviron une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles AU 16 et UB 16 du règlement du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération Evreux Portes de Normandie ;
- il ne peut être fondé sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2023 et 26 février 2024, la commune d'Aviron, représentée par la SCP Baron A, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Viabilis " La qualité du territoire " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, dans le cadre d'une substitution de motif, le refus de permis d'aménager pouvait être fondé sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Balloul, représentant la société Viabilis " La qualité du territoire ", et de Me André, représentant la commune d'Aviron.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 décembre 2022, la SAS Viabilis " La qualité du territoire " a déposé une demande de permis d'aménager un lotissement de vingt-deux lots à bâtir, sis sur les parcelles cadastrée AB nos 111, 56 et 57, sur le territoire de la commune d'Aviron. La société pétitionnaire demande l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le maire de cette commune a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité, ainsi que de la décision du 19 juin 2023 rejetant son recours gracieux adressé par courrier du 24 avril 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 1er mars 2023 portant refus de permis d'aménager :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () "
3. Un refus de permis d'aménager doit, en application de ces dispositions, être motivé et comporter les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. () "
5. Enfin, lorsqu'une décision administrative prise illégalement donne lieu à un recours administratif ne constituant pas un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux et que l'autorité saisie de ce recours prend légalement une décision expresse par laquelle elle maintient la mesure contestée, la décision initiale ne se trouve pas régularisée. La décision prise sur le recours administratif a seulement pour effet de permettre l'application de la mesure à compter de la date à laquelle cette décision entre en vigueur.
6. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué qu'il se borne à viser le code de l'urbanisme et le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération Evreux Portes de Normandie, ainsi que les avis recueillis pendant l'instruction de la demande de permis d'aménager, sans mentionner les motifs de droit et de fait qui s'opposeraient à sa délivrance. A supposer même que l'arrêté attaqué puisse être regardé comme fondé sur l'avis défavorable émis le 4 février 2023 par le service voirie intercommunal, il est constant qu'il n'y était pas annexé.
7. En second lieu, la commune ne peut invoquer utilement, en défense, les dispositions de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui, eu égard à ses termes mêmes, ne trouvent pas à s'appliquer dans le cas d'une décision devant être motivée en application de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, les dispositions de l'article L. 411-5 précité n'ont pas pour objet de permettre la régularisation d'une décision dépourvue de motivation du seul fait que la décision rejetant le recours gracieux formée à son encontre est motivée. Elles imposent seulement que cette dernière décision soit motivée lorsque, alors qu'elle devait l'être, la décision initiale ne l'a pas été.
8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme. Ce moyen doit par suite être accueilli.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête invoqué au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée n'est susceptible, en l'état du dossier, d'en fonder l'annulation.
10. Si la commune d'Aviron demande au tribunal de procéder à une substitution de motif, cette éventuelle substitution ne saurait, en tout état de cause, remédier au vice de forme résultant de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la décision du 19 juin 2023 de rejet du recours gracieux :
11. Aux termes de l'article AU 16 du règlement du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération Evreux Portes de Normandie, dans sa version, applicable au litige, issue de la modification approuvée par délibération du 11 octobre 2022, dans laquelle se situe l'accès au projet litigieux : " () / 16.2 Voirie / Les caractéristiques des voies doivent être adaptées à l'importance ou à la destination des constructions projetées et doivent notamment permettre l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, des services de sécurité et de collecte des déchets. / Les voies ne peuvent avoir moins de 5 mètres de large de chaussée. / Les voies en impasse seront dimensionnées de façon à être accessibles aux services publics (défense incendie, collecte des déchets) ". Ces dispositions sont applicables aux voies privées ouvertes à la circulation générale existantes, ainsi qu'il résulte de la définition de la " voirie " donnée par le lexique annexé au règlement.
12. Le projet en litige est en outre situé dans le périmètre de l'orientation et de programmation " Secteur du Bout des Bois ", qui prévoit, s'agissant de l'accessibilité et de la mobilité, que " La voirie sera connectée au chemin des près lui-même relié à la rue de la vallée. / La circulation s'effectuera avec le même point d'entrée et de sortie donnant sur le chemin des prés. / La voirie doit favoriser la mixité d'usage et donner la priorité aux piétons. / Il s'agira d'adapter l'aménagement au gabarit des voies tout en sécurisant et facilitant les modes de déplacements doux. / Le linéaire d'enrobé sera réduit à son strict minimum à la fois pour la voirie et aussi pour le stationnement ".
13. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer le permis d'aménager sollicité, le maire d'Aviron s'est fondé sur l'inaptitude du chemin des Prés, chemin rural non carrossable, à assurer la desserte du projet, au regard des dispositions de l'article AU 16 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet, qui comporte vingt-deux lots ayant vocation à accueillir vingt-huit logements, sera accessible depuis le chemin des prés, raccordé à la voirie communale au niveau des rues de la forêt et de la vallée. S'il est constant qu'il n'est pas revêtu d'un enrobé, ce chemin rural, dont la bande roulante est constituée de gravier, présente un profil rectiligne et une largeur permettant le croisement des véhicules sur toute sa longueur, ce chemin ayant d'ailleurs déjà servi à plusieurs reprises en 2022 et 2023 de voie de déviation à partir des deux rues précitées à l'occasion de travaux. S'il ressort du reportage photographique produit que ce chemin rural présente quelques nids-de-poule, la commune, qui n'apporte en outre aucune précision quant au trafic déjà supporté par ce chemin, ne saurait utilement s'en prévaloir dès lors que de telles irrégularités résultent d'un défaut d'entretien suffisant de sa part, entretien qu'elle a décidé d'assumer ainsi que le révèlent ses interventions ponctuelles de comblement dont elle fait état. Enfin, l'accès prévu par le projet, situé en zone 1AUh, constructible sous condition de réalisation d'équipements publics, est compatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation " Secteur du bout du bois " décrite au point précédent en ce qui concerne sa dimension viaire, laquelle orientation témoigne de la volonté des auteurs du plan d'ouvrir ce secteur à l'urbanisation. Dans ces conditions, le maire d'Aviron n'a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 11, refuser de délivrer le permis d'aménager sollicité par la société Viabilis " La qualité du territoire ". Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être accueilli.
14. La commune d'Aviron fait toutefois valoir que la décision attaquée aurait pu être fondée sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, eu égard au caractère inadapté de la voie de desserte du projet, qui génère un risque pour la sécurité des biens et des personnes.
15. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
16. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
17. Eu égard à ce qui a été dit au point 13 et dès lors que le projet comporte une voie piétonnière reliée directement à la rue de la forêt, les risques pour la sécurité publique allégués par la commune d'Aviron ne peuvent être regardés comme établis, alors en outre qu'il lui est loisible de limiter la vitesse de circulation des véhicules sur le chemin en cause si elle l'estime nécessaire. Il n'y a dès lors pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée.
18. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête invoqué au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée n'est susceptible, en l'état du dossier, d'en fonder l'annulation.
19. Il résulte de ce qui précède que la société Viabilis " La qualité du territoire " est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 juin 2023 par laquelle le maire d'Aviron a rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
21. Compte tenu des motifs qui la fondent et dès lors que rien, en l'état du dossier, n'y fait obstacle, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, que la commune d'Aviron délivre à la société Viabilis " La qualité du territoire " le permis d'aménager sollicité. Il y a dès lors lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Viabilis " La qualité du territoire ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la commune d'Aviron et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Viabilis " La qualité du territoire " et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er mars 2023 du maire d'Aviron et la décision du 19 juin 2023 de rejet du recours gracieux de la société Viabilis " La qualité du territoire " sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Aviron de délivrer à la société Viabilis " La qualité du territoire " le permis d'aménager sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : La commune d'Aviron versera à la société Viabilis " La qualité du territoire " une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Viabilis " La qualité du territoire " est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune d'Aviron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Viabilis " La qualité du territoire " et à la commune d'Aviron.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthet-Fouqué, président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé :
J. Cotraud
Le président,
Signé :
J. Berthet-FouquéLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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