vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | QUÉRÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 août 2023, 22 mai et 15 juillet 2024, la SCEA Sogi, représentée par Me Leroux-Bostyn, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la région Normandie a accordé à M. B A une autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées AI nos 04 et 05 à Saint-Wandrille-Rançon, sur le territoire de la commune de Rives-en-Seine ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors que :
. procédant au retrait d'une décision créatrice de droits, il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
. la composition de la commission départementale d'orientation de l'agriculture et de sa section spécialisée " structures et économie des exploitations ", telle que fixée respectivement par les arrêtés du 25 juillet et du 31 juillet 2019, était irrégulière au regard des articles R. 313-2 et R. 313-6 du code rural et de la pêche maritime ;
- il procède au retrait irrégulier d'une décision créatrice de droits en méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et de l'article 3.3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles, dès lors que, le nouvel associé installé ayant vu son plan de professionnalisation personnalisé agréé le 6 septembre 2022, sa candidature relevait du rang de priorité 2.
Par trois mémoires enregistrés les 29 novembre 2023 et 20 et 21 juin 2024, M. B A, représenté par Me Quéré, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SCEA Sogi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête de la SCEA Sogi est irrecevable faute d'établir la qualité pour agir de son représentant légal, faute d'intérêt lui donnant qualité pour agir, en raison de sa tardiveté et de son caractère dilatoire ;
- à titre subsidiaire, aucun de ses moyens n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête de la SCEA Sogi est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, aucun de ses moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Quéré, représentant M. A.
La SCEA Sogi et le préfet de la région Normandie n'étaient pas présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Après avis du 5 juillet 2022 de la section spécialisée " structures et économie des exploitations " de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de la Seine-Maritime et par un arrêté du 26 juillet 2022, modifié le 25 novembre 2022, le préfet de la région Normandie a accordé à la SCEA Sogi une autorisation d'exploiter, pour une surface totale de 19,67 hectares, les parcelles cadastrées AI nos 04 et 05, à Saint-Wandrille-Rançon, sur le territoire de la commune de Rives-en-Seine. Le 28 décembre 2022, l'EARL La Mare de la Boudinière a déposé une demande d'autorisation d'exploiter successive pour lesdites parcelles. M. B A en a fait de même le 28 mars 2023. Après avis du 2 mai 2023 de la section spécialisée " structures et économie des exploitations " de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de la Seine-Maritime et par l'arrêté attaqué du 26 juin 2023, le préfet de la région Normandie a accordé à M. A l'autorisation d'exploiter sollicitée.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " () / III.- Le préfet de région notifie sa décision aux demandeurs, aux propriétaires et aux preneurs en place par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. Cette décision fait l'objet d'un affichage à la mairie de la commune sur le territoire de laquelle sont situés les biens. Elle est publiée au recueil des actes administratifs. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 26 juin 2023 a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Normandie du 30 juin 2023. La requête de la SCEA Sogi, enregistrée le 24 août 2023, l'a été moins deux mois suivant cette publication. Par suite et alors au demeurant qu'il n'est pas justifié de l'affichage en mairie dudit arrêté, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.
5. En deuxième lieu, à la supposer même avérée, la circonstance que la requête de la SCEA Sogi présenterait un caractère dilatoire est sans incidence sur sa recevabilité. La fin de non-recevoir en ce sens opposée par M. A ne peut par suite qu'être écartée.
6. En troisième lieu, la circonstance que la SCEA Sogi s'est vue précédemment délivrer une autorisation d'exploiter les parcelles sur lesquelles porte la demande de M. A suffit à lui conférer un intérêt suffisant pour lui donner qualité pour agir contre l'arrêté attaqué. La fin de non-recevoir en ce sens opposée par ce dernier doit par suite être écartée.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 2 août 2023, les associés de la SCEA Sogi réunis en assemblée générale ordinaire ont autorisé à la gérance à ester en justice pour contester l'arrêté attaqué. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir du représentant légal de la société requérante opposée en défense par M. A doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Il résulte des dispositions des articles L. 331-1 et L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime que le préfet, saisi d'une seconde demande lorsqu'une autorisation a déjà été délivrée, doit, pour statuer sur cette demande, observer l'ordre des priorités établi par le schéma directeur départemental des structures agricoles. S'il peut être conduit à délivrer plusieurs autorisations lorsque plusieurs candidats à la reprise relèvent du même rang de priorité et qu'aucun autre candidat ne relève d'un rang supérieur, il ne peut légalement accorder successivement à deux agriculteurs l'autorisation d'exploiter les mêmes parcelles qu'à la condition que sa seconde décision soit prise au bénéfice d'un agriculteur dont la demande relève, soit du même rang de priorité, soit doive être regardée comme plus prioritaire que la première demande en application des dispositions du schéma directeur départemental des structures agricoles.
9. Aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie : " () / 3.3 Priorités () / Ainsi, les priorités sont définies comme suit : () / Priorité 2 : Installations aidées telles que définies à l'article 1 du présent arrêté, y compris progressives, individuellement ou en société avec mise à disposition ou non de terres supplémentaires, dans la limite d'une surface totale de l'exploitation après reprise fixée à 140 hectares, majorée de 70 hectares par associé exploitant à temps plein au-delà du 1er et plafonnée à 350 ha. () / Priorité 3 : Autres installations, individuellement ou en société avec mise à disposition ou non de terres supplémentaires, dans la limite d'une surface totale de l'exploitation après reprise fixée à 140 hectares, majorée de 70 hectares par associé exploitant à temps plein au-delà du 1er et plafonnée à 350 ha. () / Au sein de chacune des huit priorités ci-dessus, les candidats sont départagés selon leur rang de classement au regard des critères d'appréciations de l'intérêt économique et environnemental de l'opération définis à l'article 5. () ". Aux termes de l'article 1 dudit schéma : " () / 1.2 Autres définitions () / Installation aidée : installation d'un agriculteur qui s'est engagé dans un parcours à l'installation aidée cofinancée par le FEADER (plan de professionnalisation personnalisé (PPP) agréé) ou financé par la région (inscription au stage 21 h) () ". Aux termes de l'article 5 du même schéma : " Critères / En cas de concurrence au même rang de priorité, les critères suivants sont pris en compte pour départager les candidats (ces critères ne sont pas hiérarchisés). () ".
10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a estimé que la candidature de la SCEA Sogi relevait du rang de priorité 3 alors que celles de M. A et de l'EARL La Mare de la Boudinière correspondaient au rang de priorité 2 et après départage entre ces deux dernières candidatures, a délivré à M. A une autorisation d'exploiter successive,
11. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté attaqué, la SCEA Sogi, qui s'était vue accorder une autorisation d'exploiter antérieurement à celle délivrée à M. A, justifie que le plan de professionnalisation personnalisé du nouvel associé installé avait été agréé par le préfet de la Seine-Maritime le 6 septembre 2022. Ainsi, si, à la date de l'autorisation précédemment obtenue le 26 juillet 2022, sa demande relevait du rang de priorité 3, il en allait autrement postérieurement à la date de l'agrément, soit dès l'édiction de l'arrêté du 25 novembre 2022 modifiant l'autorisation d'exploiter initiale et a fortiori à la date de l'arrêté attaqué. Se trouvant, alors même qu'elle n'avait pas été réitérée après accomplissement des formalités de publicité prévues aux articles R. 331-4 à R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime, au rang de priorité 2 et dès lors, en concurrence, au même rang que celles de M. A et de l'EARL La Mare de la Boudinière, la candidature de la SCEA Sogi devait être prise en compte pour le départage opéré par le préfet en vertu de l'article 5 du schéma directeur régional. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de ce schéma doit être accueilli.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la SCEA Sogi est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la région Normandie a accordé à M. A une autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées AI nos 04 et 05 à Saint-Wandrille-Rançon, sur le territoire de la commune de Rives en-Seine.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la SCEA Sogi, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCEA Sogi et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 juin 2023 du préfet de la région Normandie est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à la SCEA Sogi une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Sogi, au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, à M. B A et à l'EARL La Mare de la Boudinière.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Armand, premier conseiller,
M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
La présidente,
C. Van MuylderLe greffier,
J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026