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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303452

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303452

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, et un mémoire, enregistré le 9 novembre 2023, M. B, représenté par Me Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Maritime a rejeté son recours amiable introduit sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision litigieuse :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas apporté la preuve que la commission était valablement composée au moment où elle a statué, en application de l'article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation ;

- est entachée d'une erreur substantielle de fait ;

- méconnaît les articles L. 300-1, L. 441-2-3 et L. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 octobre 2023 et le 5 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la véracité de l'inadaptation du logement n'est pas prouvée faute d'éléments, alors qu'aucun document demandé n'a été transmis au secrétariat de la commission de médiation ;

- la demande du requérant s'apparente à une mutation classique dans un autre logement du parc social, dès lors que lui et sa famille sont actuellement dans un logement du parc social ;

- le quorum était atteint lors de la réunion de la commission.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire du Havre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Languil, représentant M. B qui reprend ses écritures et fait valoir que la situation de M. B, lourdement handicapé en fauteuil logé au dixième étage, l'angoisse.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation du droit au logement opposable sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation en vue d'une offre de logement le 28 février 2023. Par une décision du 26 avril 2023, la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté le recours de M. B, au motif que sa situation relevait d'une mutation dans le parc social. Le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 26 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation prévue à l'article L. 441-2-3 est ainsi composée : / 1° Un collège composé de trois représentants des services déconcentrés de l'Etat dans le département, désignés par le préfet ; / 2° Un collège composé des membres suivants : / - un représentant du département désigné par le président du conseil départemental ; / - un représentant des établissements publics de coopération intercommunale qui ont conclu l'accord collectif intercommunal mentionné à l'article L. 441-1-1 () / - un représentant des communes désigné par l'association des maires du département ou, à défaut, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article R. 371-5. Lorsqu'il n'existe aucun accord collectif intercommunal ni convention intercommunale d'attribution dans le département, le nombre de représentants des communes est de deux. () / 3° Un collège composé des membres suivants : / () -un représentant des organismes œuvrant dans le département intervenant pour le logement des personnes défavorisées dans le parc privé et agréés au titre des activités de maîtrise d'ouvrage mentionnées à l'article L. 365-2 ou des activités d'intermédiation locative et de gestion locative sociale mentionnées à l'article L. 365-4, désigné par le préfet ; / () 5° Un collège composé des membres suivants : / - deux représentants des associations de défense des personnes en situation d'exclusion œuvrant dans le département, désignés par le préfet ; / - un représentant désigné par les instances de concertation mentionnées à l'article L. 115-2-1 du code de l'action sociale et des familles. / () La commission délibère à la majorité simple. Elle siège valablement, à première convocation, si la moitié de ses membres sont présents, et à seconde convocation, si un tiers des membres sont présents. Un règlement intérieur fixe les règles d'organisation et de fonctionnement de la commission. Lorsque plusieurs commissions ont été créées dans le département, elles sont pourvues d'un règlement intérieur unique. () ".

4. Il ressort des indications, non contestées, du procès-verbal établi au terme de la séance du 26 avril 2023 au cours de laquelle la commission de médiation de la Seine-Maritime a examiné la demande de M. B, que la procédure exigée par les dispositions précitées de l'article R. 441-13 a été respectée. En outre, si le requérant invoque l'irrégularité de la composition de la commission, il n'assortit pas davantage ce moyen des précisions nécessaires. Le moyen tiré de l'irrégularité affectant la procédure au terme de laquelle a été prise la décision attaquée doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 () ". En vertu des dispositions de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () / II. - La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. (). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 de ce code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

7. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

8. La commission de médiation, qui est, selon la lettre de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, saisie pour se prononcer sur une situation et non sur des motifs de saisine, doit apprécier la situation du demandeur dans sa globalité, sans restriction des motifs soulevés dans le recours amiable. D'autre part, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur. Enfin, si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.

9. Il ressort des termes de la décision litigieuse que, pour rejeter la demande de logement présentée par M. B, qui avait saisi la commission de médiation en se prévalant de ce que son logement est inadapté à son handicap et que l'attente d'un logement social a dépassé le délai fixé par arrêté préfectoral, la commission de médiation a estimé que la situation de l'intéressé relevait d'une mutation dans le parc social, étant locataire d'un logement de Rouen Habitat, depuis juillet 2019, adapté à sa situation.

10. M. B fait valoir qu'il se déplace uniquement en fauteuil roulant électrique en raison de son handicap, qu'il vit dans un logement situé au 10ème étage de son immeuble et que les ascenseurs sont défectueux, que son logement est inadapté à une personne à mobilité réduite et qu'il n'est pas assez grand. Il ressort des pièces du dossier que le logement que M. B occupe est d'une surface habitable de 44,80 m², selon le contrat de location qu'il a signé le 29 juillet 2019, soit une surface supérieure à celle minimale de 16 m² pour un ménage sans enfants, résultant de l'application des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. Si le requérant fait valoir que l'ascenseur de l'immeuble est défectueux et qu'il rencontre par conséquent des désagréments pour sortir de chez lui, d'une part, il ressort également des pièces du dossier que l'immeuble est doté de deux ascenseurs, et d'autre part, les attestations et certificats médicaux versés au dossier ne sont pas suffisamment circonstanciés afin de permettre de constater le caractère inadapté du logement qu'occupe M. B. Par suite, en rejetant le recours amiable de M. B, la commission de médiation de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 441-2-3, R. 441-14-1 et L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation.

11. Il résulte des points précédents que c'est sans erreur de fait ni erreur d'appréciation que la commission de médiation a estimé que les critères prévus par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation n'étaient pas réunis.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Seine-Maritime du 26 avril 2023. Les conclusions de M. B à fin d'injonction sont rejetées par voie de conséquence. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Languil.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé : C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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