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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303463

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303463

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, M. B C, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023, notifié le 30 août suivant, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023, notifié le 30 août suivant, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur de droit et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article les dispositions de L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant son pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet ;

- les observations de Me Moulkhou, pour M. C, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et soulève, en outre, le moyen tiré de l'incompatibilité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire avec les modalités d'exécution de la peine infligée par le juge pénal, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, au soutien de ses conclusions en annulation dirigées contre cette décision ;

- les observations de M. C, assisté de M. D interprète en arabe.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant soudanais né le 3 janvier 1991, déclare être entré en France en juin 2018, à une date non spécifiée. L'intéressé a été condamné, le 22 juin 2023, par le tribunal correctionnel de Saumur à une peine d'emprisonnement d'un an et quatre mois pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger, en bande organisée et a été écroué, le 21 juillet 2022 à la Maison d'Arrêt d'Angers. Par un arrêté du 25 août 2023, notifié le 30 août, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois mois. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 25 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui réside en France depuis le mois de juin 2018, vit maritalement avec Mme E, ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants, prénommés A et F, de nationalité française, nés respectivement le 23 octobre 2019 et le 14 juillet 2022, à Rouen. En outre, Mme E est mère de trois enfants de nationalité française nés d'une précédente union, qui résident au domicile familial. Par les pièces qu'il produit, en particulier les photographies et attestations, ainsi que ses déclarations à l'audience, à laquelle l'ensemble des membres de la famille précédemment cités a, d'ailleurs, assisté, le requérant établit suffisamment la réalité de la vie familiale qu'il invoque, de même que sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs, nonobstant l'interruption de la vie familiale durant sa période d'incarcération, dont se prévaut l'administration, en défense. Il suit de là, dans les circonstances particulières de l'espèce, que le requérant est fondé à faire valoir que la mesure d'éloignement qui lui a été opposée par le préfet de la Seine-Maritime est entachée d'une méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point précédent. Pour ce seul motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision portant obligation de quitter le territoire français encourt l'annulation, de même que, par voie de conséquence, la décision refusant à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

En ce qui cocnerne la légalité de l'arrêté du 25 août 2023 portant assignation à résidence :

5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. C à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur l'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. En application de ces dispositions, le présent jugement, qui fait droit aux conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français présentées par M. C, implique nécessairement qu'une autorisation provisoire de séjour lui soit délivrée jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu, d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que la SELARL Eden Avocats, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Eden Avocats d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme globale de 1 000 euros lui sera versée directement.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 25 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois, est annulé.

Article 3 : L'arrêté du 25 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime assignant M. C à résidence, est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la SELARL Eden Avocats, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que la SELARL Eden Avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BOUVET

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303463

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