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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303603

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303603

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie du sérieux de ses études ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 9-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale parce que fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 2 août 1989 à Abidjan, est entré en France le 30 août 2017, sous couvert d'un visa " étudiant ", valant titre de séjour, valable du 22 août 2017 au 22 août 2018. Par la suite, il a obtenu plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dont une dernière valable jusqu'au 1er décembre 2022. Le 13 février 2023, M. A a sollicité du préfet de la Seine-Maritime un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Sa demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 27 juin 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté vise l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Il expose les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé, sa situation personnelle et familiale et indique de manière détaillée les raisons pour lesquelles le préfet estime qu'il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour opposé à M. A. La décision en litige qui résulte d'un examen attentif de la situation de l'intéressé comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait, dès lors, aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 susvisée : " Pour un séjour de plus de trois mois : / () - les ressortissants ivoiriens à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". En vertu de l'article 5 de cette même convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : () / 2° D'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil ". Selon l'article 10 de cette même convention : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour. () / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'État d'accueil. ". Aux termes de l'article 14 : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Selon l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".

4. D'une part, il résulte des stipulations citées au point 3 que la convention franco-ivoirienne se borne, en ses articles 4 et 5, à régir les conditions d'entrée sur le territoire de l'un des deux Etats de ceux des ressortissants de l'autre Etat qui souhaitent y exercer une activité salariée et renvoie, en son article 10, sur tous les points qu'elle ne traite pas à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail, régissant notamment la délivrance et le renouvellement des titres de séjour. A cet égard, il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions que la délivrance aux ressortissants ivoiriens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée, notamment, à la présentation d'un visa de long séjour, l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 n'ayant pas dérogé à cette condition. D'autre part, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est en principe subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de son entrée régulière sur le territoire français le 30 août 2017, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et des différents titres de séjour mention " étudiant " qui lui ont été délivrés jusqu'à fin 2022, M. A s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son dernier titre de séjour, le 1er décembre 2022. Il n'a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour que le 13 février 2023, soit après la fin de validité de son titre de séjour. Dès lors, la demande présentée par l'intéressé le 13 février 2023 tendant à ce que le préfet de la Seine-Maritime lui délivre un titre de séjour en qualité de salarié doit être regardée comme une première demande de titre de séjour.

6. M. A, qui ne résidait plus régulièrement en France à la date de sa demande de titre, ne démontre pas exercer d'activité salariée à la date de sa demande ni avoir disposé d'une autorisation préalable à son embauche ou d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime pouvait se borner à constater que cette autorisation n'avait pas été obtenue pour refuser la demande de titre de séjour. Il s'ensuit que le préfet était fondé à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne disposait préalablement à son embauche ni d'une autorisation de travail prévue par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail, ni d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ".

8. Les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne ne prévoient pas de dispense à l'obligation de présentation d'un visa de long séjour, à laquelle M. A ne satisfait pas. Au surplus, le requérant, qui justifiait suivre un cursus au titre de l'année 2020/2021 en première année de Master mathématiques appliquées statistiques, ne justifie pas à la date de la décision attaquée d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation doit ainsi être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

10. M. A fait état d'une part, de ses attaches familiales en France où il réside avec son épouse, Mme B A, depuis le 30 août 2017, avec leur enfant commun scolarisé en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse est en situation irrégulière et fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation à quitter le territoire depuis le 17 décembre 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Rouen par jugement n°2104404 du 4 octobre 2022, puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Douai du 15 février 2023. Par ailleurs, si M. A était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", celle-ci ne lui conférait aucun droit à demeurer durablement sur le territoire français. Rien ne fait par ailleurs obstacle à ce que la cellule familiale du requérant se reconstitue en dehors du territoire français, en Côte d'Ivoire où il n'établit ni même n'allègue être démuni d'attaches personnelles. Dès lors, compte tenu des conditions de séjour en France du requérant qui ne justifie d'aucune insertion particulière, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale en refusant de lui accorder son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

11. En cinquième lieu, si M. A soutient que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en vertu desquelles " les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré ", ces stipulations créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté

12. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni de cette dernière décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

13. En dernier lieu, pour les motifs énoncés au point 10, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Berradia.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

V. Le Duff

La présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303603

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