jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | CAULIER VALLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 septembre 2023 et 28 mars 2024, M. B C et Mme D A, représentés par la SELARL Audicit, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Jumièges a délivré à la SAS GEPPEC un permis d'aménager un lotissement de 31 lots à bâtir sur les parcelles cadastrées AI 148, 149, 218, 219 et 220 ;
2°) de mettre à la charge de toute partie succombante une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le mémoire en défense doit être écarté des débats faute pour la commune de justifier l'habilitation de son maire à défendre ses intérêts dans l'instance ;
- le permis d'aménager attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande insuffisant en méconnaissance des dispositions des articles R. 441-3 et R. 441-4 du code de l'urbanisme :
. compte tenu des différences observées entre le plan décrivant l'état actuel du terrain et les vues de ce terrain ;
. dès lors qu'il ne fait pas état du nombre d'arbres existant sur le terrain, ni du nombre d'arbres supprimés pour les besoins du projet ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5.1 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement du lotissement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 6.2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;
- le règlement du lotissement est entaché d'illégalité dès lors que :
. son article 1er du règlement du lotissement méconnaît les dispositions de l'article 1 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;
. son article 4 méconnaît les dispositions de l'article 4.1.6 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;
. son article 5 méconnaît les dispositions de l'article 5.1 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;
. son article 6 méconnaît les dispositions de l'article 6.2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2023, la commune de Jumièges conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour les requérants de justifier avoir effectué la notification prévue à l'article R. 600-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, aucun de ses moyens n'est fondé ;
- à titre infiniment subsidiaire, le ou les vices que le tribunal pourrait être amené à retenir peuvent faire l'objet d'une régularisation dans le cadre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 14 mars 2024, la SAS GEPPEC, représentée par la SELARL Caulier - Vallet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
- à titre principal, aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, le ou les vices que le tribunal pourrait être amené à retenir peuvent faire l'objet d'une régularisation dans le cadre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Par un courrier du 15 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement du lotissement.
M. C et Mme A ont présenté des observations en réponse enregistrées le 25 avril 2024.
Par un courrier du 6 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, du moyen tiré de l'illégalité des dispositions de l'article 5 du règlement du lotissement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Boyer, représentant M. C et Mme A, et de Me Malet, substituant Me Vallet pour la société GEPPEC.
La commune de Jumièges n'était pas présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 février 2023, la SAS GEPPEC a déposé une demande de permis d'aménager un lotissement de 31 lots à bâtir sur un tènement foncier d'une superficie globale de 28 178 m², constitué des parcelles cadastrées AI 148, 149, 218, 219 et 220, sis rue Mainberte, sur le territoire de la commune de Jumièges. Par l'arrêté attaqué du 17 juillet 2023, le maire de la commune de Jumièges a délivré à la société GEPPEC le permis d'aménager sollicité, assorti de prescriptions.
Sur la recevabilité du mémoire en défense de la commune de Jumièges :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales énonce que : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2132-1 dudit code : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code précise que : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour décider de défendre la commune devant une juridiction, le maire doit, soit être titulaire d'une délégation permanente pour la durée de son mandat, soit avoir été habilité par une délibération particulière définissant l'objet de l'action à engager.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 3 juillet 2020, transmise le 8 juillet 2020 au représentant de l'Etat dans le département, le conseil municipal de la commune de Jumièges a délégué au maire la capacité de défendre la commune dans la présente instance. Dès lors, il n'y a pas lieu d'écarter comme irrecevables les écritures présentées en défense par la commune de Jumièges.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Jumièges :
5. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de justice administrative : " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme A, dont la requête a été enregistrée le 18 septembre 2023, ont notifié leur recours à la commune de Jumièges et à la société GEPPEC, au sens des dispositions précitées, par courrier du 19 septembre 2023 expédié par lettre recommandée avec accusé de réception, déposée le même jour auprès des services postaux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Jumièges tiré du défaut de la notification du recours, en application des dispositions précitées, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'insuffisance du dossier de demande de permis d'aménager :
7. Aux termes de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords et indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; () ". Aux termes de l'article R. 441-4 du même code : " Le projet d'aménagement comprend également : / 1° Un plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords faisant apparaître les constructions et les plantations existantes () ; / 2° Un plan coté dans les trois dimensions faisant apparaître la composition d'ensemble du projet et les plantations à conserver ou à créer ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la note de présentation figurant dans le dossier de demande de permis d'aménager décrit les caractéristiques paysagères du terrain d'assiette du projet, notamment la localisation de l'espace boisé au nord-est et d'un verger à l'est, dont elle comporte une vue aérienne. Cette vue permet par ailleurs d'identifier la présence d'un alignement d'arbres sur la partie ouest du terrain d'assiette. En outre, le plan de l'état actuel du terrain l'identifie également. Si ce plan mentionne, de manière inexacte, une végétation dense sur la partie basse de l'espace boisé situé à l'est du terrain, les vues aériennes figurant dans le dossier permettent de corriger cette imprécision. Dans ces conditions, la notice et le plan de l'état actuel du terrain décrivent de manière suffisante la végétation et les éléments paysagers existants ainsi que les plantations existantes, au regard des dispositions citées au point 7, qui n'imposent pas de dénombrer et d'identifier chaque arbre existant.
10. D'autre part, le dossier de demande de permis d'aménager comporte un plan de composition d'ensemble faisant apparaître les plantations à conserver ou à créer. Par ailleurs, ainsi que le soutiennent les requérants, ni la note de présentation, ni aucun autre document, ne recensent les arbres supprimés. Toutefois, la comparaison de ces documents, et notamment de la vue aérienne figurant dans la note précitée, avec le plan de composition d'ensemble permet de déterminer la localisation des parties d'espaces boisés supprimées. De telles indications sont suffisantes, au regard des dispositions citées au point 7, au stade de la délivrance du permis d'aménager, le nombre d'arbres supprimés pour les besoins du projet, dans le cadre des travaux d'aménagement, puis de construction, ne devant être précisément déterminés qu'à l'occasion du dépôt ultérieur de chaque demande de permis de construire.
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande de permis d'aménager au regard des dispositions des articles R. 441-3 et R. 441-4 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance par le projet des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie :
12. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis () d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ".
13. Il résulte de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
14. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " Traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions / 5.1 Traitement des espaces libres () / L'implantation des constructions doit respecter les arbres existants sur le terrain. Ceux qui ne peuvent être maintenus doivent être remplacés par un nombre au moins égal d'arbres. () ".
15. Eu égard au principe rappelé au point 13 et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précitées, qui ne s'appliquent qu'aux constructions, et non aux aménagements, n'imposent pas, au stade du permis d'aménager, de remplacer les arbres n'ayant pu être maintenus. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dispositions, qui prescrivent le remplacement des arbres n'ayant pu être maintenus pour les besoins du projet dès la délivrance du permis d'aménager, ne pourront pas être respectées à l'occasion de la délivrance ultérieure des permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
16. En second lieu, aux termes de l'article 6 du chapitre 2 de la section 5 du livre 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " () / 6.2 Stationnement des vélos / 6.2.1 Modalités de réalisation / L'emplacement destiné au stationnement des cycles doit être : / - un espace réservé et sécurisé, / - situé au rez-de-chaussée, / - aisément accessible depuis l'espace public et les points d'entrée du bâtiment si le local est intégré au volume construit du bâtiment : / o Limiter le nombre de portes à franchir pour accéder au garage avec son vélo. / o Implanter de préférence en interface entre l'intérieur et l'extérieur du bâtiment. / - clos, couvert, disposant d'un éclairage suffisant, excepté pour le stationnement des cycles de la destination équipements d'intérêt collectif et services publics, / - équipé d'un système d'attache, / - d'une surface minimum de 1,5 m² par place requise. / La surface totale de l'emplacement destiné au stationnement des cycles ne peut être inférieure à 5 m² ". Cet article prévoit, au paragraphe 6.2.2, pour les constructions nouvelles à destination de logement dans le cadre d'une opération égale à supérieure à deux logements, un nombre de places minimum requises à savoir : " -1 place par logement pour un logement inférieur ou égal à 2 pièces principales. / - 1,5 place par logement pour un logement supérieur à 2 pièces principales ".
17. Eu égard au principe rappelé au point 13 et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précitées, qui ne s'appliquent qu'aux constructions nouvelles, et non aux aménagements, n'imposent pas, au stade du permis d'aménager, de réaliser des emplacements pour le stationnement des cycles. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la conformité des constructions nouvelles futures au regard de ces dispositions ne pourrait pas être assurée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
En ce qui concerne le règlement du lotissement :
18. Aux termes de l'article R. 442-6 du lotissement : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : / a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; () ".
19. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " Interdiction et limitation de certains usages et affectation des sols, constructions et activités / 1.1 Usages et affectations des sols, types d'activités, destinations et sous-destinations interdits / Sont interdites les occupations et utilisations du sol suivantes : () - Les dépôts de véhicules à l'air libre et les dépôts de ferraille et de matériaux divers, / - Les décharges ainsi que les dépôts à l'air libre, () ".
20. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance qu'à son article 1er, le règlement du lotissement ne mentionne pas les dépôts de véhicules à l'air libre et les dépôts de ferraille et de matériaux divers, ni les décharges ainsi que les dépôts à l'air libre, comme usages interdits, n'a pas pour effet de déroger aux dispositions précitées, qui proscrivent, en zone 1AUB2, ces types d'activité. Aucune disposition du règlement n'a par ailleurs pour objet, ni pour effet, de les autoriser dans cette zone. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité des dispositions de l'article 1 du règlement du lotissement doit être écarté.
21. En deuxième lieu, la circonstance, qui ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 14, que " rien ne permet de garantir () le respect par les futures constructions, des normes en matière de stationnement des cycles " est sans incidence sur la légalité de l'article 6 du règlement du lotissement, qui renvoie, dans cette mesure, aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'article 6 du règlement du lotissement doit être écarté.
22. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " () / 4.1.6 Clôtures () / Le végétal () / La haie devra être implantée à une distance minimale de 50 cm par rapport au domaine public ".
23. Il est constant que l'article 4.1.5 du règlement du lotissement dispose que : " En limite de voies publiques ou de domaine public : Haie champêtre (hauteur max. 1,80 m) plantée à 0,40 m environ de la limite. () ". Ainsi que le soutiennent les requérants, ces dispositions méconnaissent celles précitées de l'article 4 du règlement de la zone 1AUB2 du plan local d'urbanisme métropolitain, ce qui ne saurait être regardé comme résultant d'une simple " coquille ". En outre, la circonstance, opposée en défense, que le service instructeur examinera les demandes de permis de construire au regard de ces seules dernières dispositions est à cet égard sans incidence. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, dans cette mesure, de l'article 4.1.5 du règlement du lotissement doit être accueilli.
24. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ".
25. Il résulte de ces dispositions qu'un moyen nouveau présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Lorsqu'est produit un mémoire comportant un tel moyen, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction doit informer les parties de son irrecevabilité, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, sauf s'il décide de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens, postérieure à la production du mémoire en cause. Il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient. Il doit y procéder dans le cas particulier où le moyen est fondé sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont la partie concernée n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense et est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.
26. Il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense, produit par la commune de Jumièges, a été enregistré le 21 novembre 2023 et communiqué aux autres parties le 22 novembre. Les requérants ont pris connaissance de ce mémoire à cette même date. Le moyen tiré de l'illégalité des dispositions de l'article 5 du règlement du lotissement a été invoqué pour la première fois dans le mémoire enregistré le 28 mars 2024. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances nouvelles au sens du principe rappelé au point précédent, ce moyen est irrecevable.
27. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que M. C et Mme A sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2023 du maire de la commune de Jumièges, en tant que l'article 4.1.5 du règlement du lotissement autorise l'implantation de haies champêtres à moins de 50 cm de la limite des voies publiques ou du domaine public.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
28. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Jumièges et de la société GEPPEC, qui ne sont pas les parties perdantes pour l'essentiel dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C et Mme A et non compris dans les dépens. Il y a en outre pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces derniers, une somme au titre des frais exposés par la société GEPPEC et non compris dans les dépens.
29. En second lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C et Mme A une somme au titre des frais exposés par la commune de Jumièges, qui n'allègue au demeurant pas avoir engagé des frais spécifiques, et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2023 du maire de la commune de Jumièges est annulé en tant que l'article 4.1.5 du règlement du lotissement autorise l'implantation de haies champêtres à moins de 50 cm de la limite des voies publiques ou du domaine public.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C et Mme A est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Jumièges et la société GEPPEC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, représentant unique, à la commune de Jumièges et à la SAS GEPPEC.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
Le premier conseiller,
faisant fonction de président,
G. ArmandLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026