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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303935

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303935

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 octobre 2023 et 10 avril 2024, M. C A, représenté par Me Madeline, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 6 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur fille ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur fille, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Madeline, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né le 20 juillet 1975, bénéficie d'une carte de résident permanent, renouvelée en dernier lieu le 4 juin 2023 et valable jusqu'au 3 juin 2033. Il a déposé, le 26 août 2022, une demande de regroupement familial, au bénéfice de son épouse, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par la décision attaquée du 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande au motif qu'il ne remplit pas la condition prévue au 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors d'une part, que l'intéressé n'exerce plus l'autorité parentale à l'égard de ses enfants issus d'une précédente union et d'autre part, qu'il a été condamné, par un jugement correctionnel du 29 mai 2019 à une peine de six mois d'emprisonnement, assortie d'un sursis total, avec mise à l'épreuve pendant deux ans, pour " des faits de violence et de dégradations commises à l'encontre de [son] ex-conjointe ". Par courrier du 31 mai 2023, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté le 3 octobre 2023 par le préfet de la Seine-Maritime.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, ainsi que le soutient M. A, la décision attaquée ne cite pas, ni ne vise, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et ne mentionne pas qu'elle ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Toutefois, il ressort de ses termes mêmes que, en faisant état des relations de l'intéressé avec ses enfants issus d'une précédente relation, le préfet doit être regardé comme ayant procédé à un examen particulier de la demande de regroupement familial de l'intéressé au regard des conséquences qu'emporterait son rejet sur la situation de son enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : () / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des différentes décisions juridictionnelles intervenues dans le cadre du conflit familial avec son ancienne compagne et mère de ses deux premiers enfants et de la fixation des modalités d'exercice de l'autorité parentale à leur égard, que M. A et celle-ci se sont séparés en 2018 dans un contexte de violence conjugale. Il a d'ailleurs été condamné, par un jugement correctionnel du 29 mai 2019 du tribunal judiciaire du B, à une peine d'emprisonnement de six mois, assortie d'un sursis total et d'une mise à l'épreuve d'une durée de deux ans, pour avoir dégradé chez elle, le 18 avril 2018, des biens mobiliers lui appartenant ainsi qu'à ses enfants. Le 8 octobre 2021, M. A a également tenté de s'introduire chez son ancienne compagne, en dégradant son portail, et " enlev[é] son fils le lendemain alors qu'il jouait devant la maison ". Par un jugement du 9 novembre 2021, le tribunal pour enfants du B a prescrit une mesure d'assistance éducative, assortie d'interdiction de sortie du territoire des deux enfants de M. A en raison d'un risque plausible de départ avec eux à l'étranger. L'intéressé avait en outre auparavant déjà été condamné par un arrêt du 31 mai 2010 de la cour d'appel de Rouen à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois dont six mois avec sursis, pour des violences avec incapacité supérieure à huit jours sur une précédente compagne. Par ailleurs, le juge aux affaires familiales a notamment constaté, dans son jugement du 7 janvier 2022 par lequel il a supprimé les droits de visite et d'hébergement de M. A et confié l'exercice exclusif de l'autorité parentale à la mère des deux enfants, que l'intéressé avait accueilli ces derniers, de manière inappropriée, sur son bateau. Enfin, tant le juge aux affaires familiales que le tribunal pour enfants ont relevé le comportement impulsif et violent de M. A, sans aucune remise en cause de sa part, en particulier au regard des conséquences au plan psychique et affectif sur ses enfants. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu estimer que M. A ne pouvait être regardé comme se conformant aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

7. Eu égard à ce qui a été dit au point 4 et alors en outre que M. A est parvenu à maintenir, en dépit de leur éloignement géographique, une relation stable avec son épouse et leur fille, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, ni ne méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés. Il en va de même, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial de M. A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.

Le rapporteur,

J. Cotraud

La présidente,

C. Van MuylderLe greffier,

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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