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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304176

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304176

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 20 octobre 2023 et le 28 novembre 2023, M. D A, assisté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* S'agissant de la décision de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* S'agissant de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et méconnait ainsi les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Barhoum, avocat assistant M. A qui soutient que :

- il a retrouvé de nombreux membres de sa famille en France, notamment un frère et une sœur de nationalité française ainsi qu'un oncle, une tante et des cousins ;

- il a rencontré son épouse en 2021 sur les réseaux sociaux et vit actuellement chez ses beaux-parents ;

- les décisions n'ont pas été prises à la suite d'un examen personnalisé de sa situation car il a fait état de son projet de mariage, qui s'est tenu le 4 novembre 2023 ;

- il avait prévu de repartir en Tunisie avec son épouse pour y solliciter un visa pendant que celle-ci y effectue un stage ce qui explique son absence à l'audience.

* M. A, assisté de Mme B, interprète en arabe.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 25, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Connaissance prise de la note en délibéré, produite le 30 novembre 2023 à 17h23 pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 11 octobre 2001, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 1er décembre 2022. Par décision du 20 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an aux motifs que M. A n'est pas entré régulièrement sur le territoire français, qu'il ne présente aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, que, sans emploi, sans ressources, célibataire et sans enfants, il n'établit pas la nécessité de sa présence en France où demeurent son frère et son oncle ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne présente pas de garanties de représentation, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas adoptée à son encontre. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a, lors de son audition du 19 octobre 2023, donné les coordonnées de celle qui allait devenir son épouse moins d'un mois plus tard comme personne à joindre. Lors de son audition du 20 octobre 2023, il a fait état de sa relation avec la même personne, de nationalité française, qu'il a présenté comme sa fiancée en indiquant qu'il devait l'épouser le 4 novembre suivant. Ces éléments, tenant aux attaches dont M. A disposait en France et qui ont été portés à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime avant l'adoption de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas été pris en compte par l'autorité préfectorale alors même qu'ils étaient de nature à pouvoir présenter une influence sur l'adoption de cette décision. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait précéder sa décision d'un examen complet et personnalisé de sa situation. Il est donc, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, fondé à en demander l'annulation ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation de la décision fixant le pays de son renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'elle le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais relatifs à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que la SELARL Eden Avocats, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Eden Avocats de la somme de 1 000 euros en application des dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à la SELARL Eden Avocats, en application des dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que la SELARL Eden Avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. C

Le greffier,

signé

N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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