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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304189

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304189

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3P Collégiale
Avocat requérantMUTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2005229 du 22 janvier 2021, le tribunal a suspendu l'exécution de la décision du 11 décembre 2020 du directeur de la maison d'arrêt de Rouen confirmant sa décision du 26 novembre 2020 portant suppression du permis de visite dont Mme B bénéficiait pour M. A, a enjoint au directeur de la maison d'arrêt de procéder au réexamen de sa demande, et a mis à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à Me Muta en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Par un jugement n° 2005228 du 6 octobre 2022, le tribunal a annulé la décision susmentionnée du 11 décembre 2020, a enjoint au directeur de la maison d'arrêt de Rouen de restituer le permis de visite de Mme B, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Muta en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Par une lettre enregistrée le 21 juillet 2023, Me Muta a saisi le tribunal d'une demande tendant à obtenir l'exécution de l'ordonnance n° 2005229 du 22 janvier 2021 et du jugement n° 2005228 du 6 octobre 2022 en ce qui concerne la mise d'une somme à la charge de l'État.

Par un courrier du 24 octobre 2023, le président du tribunal a procédé au classement administratif de la demande d'exécution.

Par une correspondance enregistrée le 24 octobre 2023, Me Muta conteste la décision de classement et demande au tribunal :

1°) d'ouvrir une procédure juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux de lui verser la somme de 400 euros au titre de la TVA, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 2304189 du 26 octobre 2023, le président du tribunal a ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2005229 du 22 janvier 2021 ;

- le jugement n° 2005228 du 6 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 96-887 du 10 octobre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Berthet-Fouqué,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. () " Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président () du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. Lorsque le président estime qu'il a été procédé à l'exécution (), il en informe le demandeur et procède au classement administratif de la demande. " Aux termes de l'article R. 921-6 du même code : " () lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent (), le président () du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. ()"

2. Par une ordonnance n° 2005229 du 22 janvier 2021, le tribunal a notamment mis à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à Me Muta au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État. Par le jugement n° 2005228 du 6 octobre 2022, le tribunal a notamment mis à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Muta au titre du même article. L'État a réglé ces sommes respectivement le 14 novembre 2022 et le 3 février 2023. Me Muta soutient qu'elles doivent être majorées de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et que, dans cette mesure, le jugement et l'ordonnance n'ont pas été complètement exécutés.

3. Aux termes de l'article 27 de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'État affecte annuellement à chaque barreau une dotation représentant sa part contributive aux missions d'aide juridictionnelle () accomplies par les avocats du barreau. Le montant de la dotation affecté à l'aide juridictionnelle résulte d'une part, du nombre de missions d'aide juridictionnelle accomplies par les avocats du barreau et, d'autre part, du produit d'un coefficient par type de procédure et d'une unité de valeur de référence. Le montant, hors taxe sur la valeur ajoutée, de cette unité de valeur de référence est fixé, pour les missions dont l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée à compter du 1er janvier 2021, à 36 €. () " Aux termes de l'article 37 de la même loi : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. () "

4. D'une part, l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doit, en ce qu'il prévoit que la somme que le juge condamne une partie à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État augmentée de 50 %, s'entendre comme faisant référence au montant de cette part contributive tel qu'il est exprimé hors TVA. D'autre part, dès lors que l'activité d'un avocat est assujettie à la TVA en vertu de l'article 256 A du code général des impôts, ladite somme, qui correspond à la rémunération de la prestation réalisée par l'avocat, doit, à défaut de précision dans la décision juridictionnelle, être entendue toutes taxes comprises (TTC).

5. Il ne ressort pas des mentions du jugement que la somme mise à la charge de l'État au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 soit hors TVA. Elle doit donc être entendue TTC. Par suite, et pour regrettable que soit le délai de règlement, l'État a exécuté ledit jugement en versant cette somme, outre l'intérêt de retard, à Me Muta.

6. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions de sa requête tendant à ce que le ministre de la justice soit condamné au paiement d'une somme complémentaire, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'astreinte et la demande présentée au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Me Muta est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me François Muta et au ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthet-Fouqué, président,

Me Jeanmougin, première conseillère,

M. Deflinne, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le président rapporteur,L'assesseure la plus ancienne,

Signé signé

J. Berthet-FouquéH. Jeanmougin

La greffière,

signé

C. Labrousse

La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

signé

C. Labrousse

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