jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2023 et le 13 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Caroline Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler au plus tard dans les huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros hors taxe à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 100 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Mme A soutient que :
La décision de refus de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne distingue pas la notion de vie privée et de vie familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 18 septembre 2023.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Vercoustre, pour Mme B A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1.Mme B A, ressortissante malienne qui serait née le 25 octobre 2003 à Bamako, déclare être entrée irrégulièrement en France le 13 mai 2019. Le 18 février 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant refus de séjour :
2.En premier lieu, la décision en litige, qui vise les textes dont il a été fait application et qui décrit précisément la situation personnelle et professionnelle de Mme A est suffisamment motivée en droit et en fait.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 47 du code civil, auquel renvoient les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. En outre, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation.
6. A l'appui de sa demande Mme A a produit un extrait d'acte de naissance du 28 janvier 2021 et une copie de son acte de naissance du 28 janvier 2021. Le préfet de la Seine-Maritime a soumis ces documents aux services de la police aux frontières (PAF) qui ont relevé, s'agissant de l'extrait de l'acte de naissance, que les mentions préimprimées ainsi que le fond n'ont pas fait l'objet d'une impression en offset, que la date d'établissement de l'acte est écrit en chiffres contrairement à ce que prévoit le code des personnes et de la famille malien, que le numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales (NINA) est absent, que le document comporte des abréviations contrairement à ce que prévoit le code des personnes et de la famille malien, ce qui n'est pas conforme. S'agissant de la copie de son acte de naissance, les services de la PAF ont relevé que le fond d'impression de l'acte n'a pas fait l'objet d'une impression en offset, qu'une faute d'orthographe est présente dans les mentions préimprimées, que le numéro NINA est absent, que le document comporte des abréviations contrairement à ce que prévoit le code des personnes et de la famille malien, ce qui n'est pas conforme. Ces nombreuses irrégularités ont conduit l'analyste en fraude documentaire de la PAF à émettre, non pas un simple " avis défavorable " concernant les documents d'état-civil de la requérante mais à conclure au caractère " contrefait " de ces derniers. Mme A a également produit un jugement supplétif d'acte de naissance de la même date que l'analyste de la PAF a estimé contrefait par l'apposition d'un timbre, d'un cachet et d'une signature eux-mêmes contrefaits. En revanche, ce même analyste a estimé authentique la carte consulaire de l'intéressée, postérieure aux trois documents précédents, sous réserve de l'authenticité des documents fournis pour l'obtenir.
7. Mme A, si elle cite de nombreuses jurisprudences concernant d'autres jeunes étrangers, n'apporte aucune explication relative à sa situation personnelle de nature à remettre en cause tant les constatations de l'analyste de la PAF que les conclusions qu'il en a tirées. Si elle se prévaut d'une première analyse documentaire effectuée en 2021 à la demande du département de la Seine-Maritime, elle n'établit pas qu'aucune anomalie n'avait alors été relevée en se bornant à soutenir que ses documents lui avaient été rendus. Elle n'établit ni même ne soutient que sa carte consulaire n'aurait pas été établie à partir des documents estimés contrefaits par l'analyste de la PAF. Aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obstacle à ce que le préfet sollicite l'avis de la PAF sur les documents présentés par Mme A, ce service étant d'ailleurs chargé d'une mission en matière de lutte contre la fraude documentaire et à l'identité. L'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte présente comme en l'espèce des irrégularités compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question. Au regard de la nature et du nombre élevé d'anomalies relevées au point 6, le préfet a pu légalement écarter comme dépourvus de valeur probante l'extrait d'acte de naissance, l'acte de naissance et le jugement supplétif présentés par Mme A dont l'identité et la date de naissance sont dès lors incertains. Par suite, compte tenu notamment de l'incertitude existant sur la date de naissance de Mme A, le préfet a pu légalement rejeter sa demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, Mme A ne remplissant pas les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû, en application des dispositions de l'article L 432-13 du même code, saisir la commission du titre de séjour avant de lui opposer le refus litigieux.
9. En quatrième lieu, Mme A est présente en France depuis un peu moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. Si elle y a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle et a été embauchée en contrat à durée déterminée puis indéterminée par l'entreprise dans laquelle elle avait effectué son alternance, elle est célibataire, n'a pas d'enfant et n'établit pas, au vu notamment des indications portées dans sa demande de titre de séjour, être isolée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale de Mme A protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée et n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie privée.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confond avec celle du refus de séjour, ainsi que le prévoit l'article L 613-1 du même code. Par suite, et dès lors que la décision de refus de séjour est suffisamment motivée ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.
11. En deuxième lieu, Mme A n'ayant pas établi l'illégalité de la décision de refus de séjour qui lui est opposée, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire dont elle constitue le fondement serait elle-même illégale ne peut qu'être écarté.
12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme dit au point 9.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, la décision en litige vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que Mme A n'établit pas être exposée à des traitements contraires auxdites stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en droit et en fait.
14. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ne peut qu'être écarté compte tenu de ce qui précède.
15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme dit au point 9 du présent jugement.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes les conclusions qu'elle comporte.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Caroline Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Colin Bouvet, premier conseiller,
M. Robin Mulot, premier conseiller.
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La présidente- rapporteure,
A. C
L'assesseur le plus ancien,
C. BOUVETLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304190
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026