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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304256

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304256

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, Mme B C veuve A, représenté par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, selon le moyen retenu, soit de lui délivrer une carte de séjour temporaire, soit une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable, pour avis, du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable, pour avis, du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Mary, représentant Mme C veuve A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C veuve A, ressortissante algérienne née le 12 novembre 1940, est entrée en France, le 30 décembre 2019, munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 23 juillet 2020, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", rejetée le 27 novembre 2020. L'intéressée a sollicité, le 14 avril 2023, un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 et du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 12 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à Mme C veuve A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, si Mme C veuve A fait état, dans sa demande de titre de séjour, de sa faiblesse croissante et de son état de santé " déclinant " et devenu " alarmant ", " qui ne lui permet pas de voyager facilement ", elle n'a explicitement sollicité un titre de séjour que sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et, " à titre humanitaire ", de l'article 6-7 du même accord. Elle s'est en outre bornée à indiquer, sur le formulaire de demande, " Ascendant à charge de français " comme motif de sa demande, sans cocher la case " Soins médicaux pour maladie d'une exceptionnelle gravité ", ni y porter une mention en ce sens dans l'encadré réservé aux informations complémentaires. Dans ces conditions, faute de pouvoir être regardée comme ayant entendu solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, Mme C veuve A ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû saisir, pour avis, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ; () ".

5. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet, s'il a relevé, sans se sentir tenu par cette circonstance, que Mme C veuve A ne remplissait pas la condition de régularité du séjour prévue par les stipulations précitées, a également apprécié l'intensité de ses attaches en France. A cet égard, la présence de l'intéressée y demeure encore récente alors en outre qu'elle dispose d'attaches familiales importantes en Algérie, où résident trois de ses enfants et où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Enfin, les éléments médicaux qu'elle produit ne révèlent pas d'obstacle à un retour en Algérie le temps de l'instruction du visa requis pour l'obtention du titre de séjour qu'elle sollicite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Eu égard aux attaches de Mme C veuve A tant en France qu'en Algérie décrites au point 5, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de ses motifs. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées aux deux points précédents doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme C veuve A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

11. D'une part, le préfet qui dispose d'éléments suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger est susceptible de bénéficier des dispositions citées au point précédent, doit saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ou lorsque l'étranger est assigné à résidence, un médecin de l'Office, préalablement à l'intervention d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Eu égard aux termes de la demande de titre de séjour de Mme C veuve A rappelés au point 2, dans lesquels est décrit de manière très générique son état de santé, le préfet ne peut être regardé, nonobstant l'âge avancé de l'intéressée, comme ayant disposé d'éléments suffisamment précis et circonstanciés justifiant qu'il saisisse le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français.

13. D'autre part, les allégations de Mme C veuve A quant à l'indisponibilité des soins requis par son état de santé, qu'elle ne caractérise d'ailleurs pas, sont dépourvues de tout commencement de preuve.

14. Par suite de ce qui a été dit aux deux points précédents, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté dans toutes ses branches.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme C veuve A.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 15, que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

17. En deuxième lieu, Mme C veuve A a pu utilement faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour. Son droit à être préalablement entendue ainsi satisfait avant que n'interviennent le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, n'imposait pas au préfet de la mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision attaquée, prise concomitamment. La seule circonstance que le formulaire de demande de titre de séjour ne comporte pas d'emplacement permettant de présenter ses observations en cas d'intervention éventuelle de la décision fixant le pays de renvoi, ne faisait pas obstacle à ce que dès le dépôt de sa demande ou pendant son instruction, Mme C veuve A y procède sur papier libre, de la même façon d'ailleurs que pour sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect de son droit à être entendue préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecte défavorablement, doit en tout état de cause être écarté.

18. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 13, Mme C veuve A n'établit pas l'impossibilité d'accéder, dans son pays d'origine, aux soins requis par son état de santé. Par suite, et alors en outre qu'elle n'allègue pas y encourir un quelconque risque en cas de retour, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C veuve A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve A, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Armand, premier conseiller,

M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Cotraud

La présidente,

Signé

C. Van MuylderLe greffier,

Signé

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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