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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304332

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304332

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente du réexamen de sa situation, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de ce jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 21 décembre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 11 janvier 2024 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Vercoustre, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 26 juillet 2004, déclare être entré en France le 2 février 2020. A compter du 20 février 2020, il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Le 7 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 18 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-22, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, confié au service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, a dans un premier temps suivi une formation préparant au certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " chaudronnerie " puis, à compter du 15 décembre 2021, a été inscrit au centre de formation des apprentis URMA76 du Havre pour la préparation d'un CAP " boulanger ". Il a, dans ce cadre, conclu un contrat d'apprentissage avec une entreprise exploitant une boulangerie. Cependant, il est constant qu'il a mis fin à sa formation ainsi qu'au contrat d'apprentissage avant leur terme et il se borne à alléguer qu'il aurait souhaité passer les épreuves du CAP en candidat libre en juin 2023, mais qu'il en aurait été empêché par un manque de place, et qu'il a l'intention de le faire à nouveau en 2024. Il ressort également de l'unique relevé de notes produit à l'instance que les résultats de M. B étaient insuffisants dans certaines matières et, surtout, qu'il a cumulé, au cours du seul 1er semestre de l'année 2022-2023, soixante-trois heures d'absences injustifiées, qui sont relevées par la majorité de ses enseignants dans leurs appréciations, certaines mentionnant également des absences lors des évaluations. Si l'intéressé soutient que ces absences étaient dues aux demandes de son maître d'apprentissage, qui aurait exigé qu'il travaille lors de périodes où il était censé être en cours, il n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il ne dispose d'aucune attache familiale dans son pays d'origine, il n'étaye ces allégations d'aucune précision, notamment eu égard à son parcours et aux circonstances de son départ, permettant d'apprécier la réalité de ces allégations. Dans ces conditions, en dépit d'une note sociale faisant état d'éléments positifs dans la perspective de l'insertion de M. B dans la société française, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-22 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ayant considéré, en particulier, qu'il ne pouvait être regardé comme justifiant du caractère sérieux du suivi de la formation qui lui avait été prescrite, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance qu'il a, après avoir mis fin à cette formation, conclu un contrat à durée indéterminée avec la société au sein de laquelle il effectuait son apprentissage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, dès lors qu'ainsi qu'il vient d'être dit que M. B ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'appartenait pas au préfet, avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, de recueillir l'avis de la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, en méconnaissance de ces dispositions, doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. B, entré sur le territoire et confié au service de l'aide sociale à l'enfance à l'âge de quinze ans, n'a pas mené à bien la formation qualifiante qui lui avait été prescrite, au cours de laquelle il a fait preuve d'un manque d'investissement et de sérieux, caractérisé par de nombreuses absences et des résultats insuffisants. Il se prévaut de son insertion professionnelle, à travers un contrat à durée indéterminée conclu le 1er février 2023, après avoir mis fin à son apprentissage, ainsi que de sa relation avec une ressortissante française. Cependant, d'une part, le contrat dont il se prévaut était récent à la date de la décision attaquée. D'autre part, s'il justifie du soutien de la famille de sa compagne, cette relation, dont elle atteste qu'elle aurait débuté à la fin de l'année 2022, ne se traduit par aucune vie commune et demeurait en tout état de cause récente à la date de la décision attaquée. Enfin, le requérant ne dispose d'aucune attache familiale en France et ne justifie pas en être dépourvu dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit du jeune âge de M. B lors de son entrée sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, porté à son droit a respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, dès lors que la mise en œuvre de ces stipulations n'implique pas qu'il soit fait une appréciation distincte de la vie privée d'une part et de la vie familiale d'autre part, le moyen tiré de l'erreur de droit, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, en se bornant à renvoyer à son argumentation développée au soutien de sa demande d'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour, M. B n'assortit le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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