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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304333

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304333

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 27 septembre 2023 par laquelle Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 21 décembre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 11 janvier 2024 à 12h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme A, enregistrées 5 décembre 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Vercoustre, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 12 septembre 1994, déclare être entrée en France le 14 janvier 2017, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 30 novembre 2017 et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté le recours contre cette décision par un arrêt du 12 juillet 2018. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 3 juin 2020 et son recours contre cette décision a été rejeté par la CNDA le 31 mars 2022. Le 3 novembre 2022, Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, il est constant que Mme A ne justifiait pas de dix ans de résidence habituelle en France à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. Ainsi qu'il est rappelé au point 1, Mme A, entrée en France en 2017 afin d'y solliciter le bénéfice d'une protection internationale, a vu sa demande d'asile, ainsi que sa demande de réexamen, rejetées par l'OFPRA et ses recours rejetés par la CNDA. Elle était enceinte lors de son arrivée sur le territoire et a donné naissance à son enfant le 25 mars 2017. Elle se prévaut de la scolarité de celui-ci et de la durée de son séjour. Cependant, elle ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle, ne dispose d'aucune attache familiale en France et ne justifie d'aucun obstacle à ce que sa fille poursuive sa scolarité dans son pays d'origine où résident son premier enfant né en 2012 ainsi que le père de ses deux enfants. Si elle se prévaut des circonstances qui l'auraient contrainte à quitter le Nigéria, à savoir des risques d'excisions pour elle et sa fille à naître ainsi que des craintes de persécutions en raison de son refus de cette mutilation, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations, lesquelles n'ont au demeurant pas été tenues pour établies par les autorités chargées de l'asile. Dans ces conditions, Mme A ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune considération humanitaire de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. En ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas davantage porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par ailleurs, eu égard à ce qui précède, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de la fille mineure de Mme A une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

6. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'appartenait pas au préfet, contrairement à ce que soutient la requérante, d'indiquer les buts en vue desquels cette décision a été prise, à plus forte raison s'agissant de l'examen de la proportionnalité de l'atteinte susceptible d'être porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lequel ne constitue pas un fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte tout de ce qui précède que Mme A n'est fondée à exciper de l'illégalité ni de la décision portant refus de titre de séjour, ni de celle portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, en se bornant à faire état de sa situation personnelle et familiale en France, Mme A n'apporte aucun élément pertinent de nature à établir que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision fixant le pays de destination d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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