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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304408

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304408

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2023 et 12 janvier 2024, Mme Princesse A C B, représentée par Me Gozlan, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la même date et sous la même astreinte.

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour, elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Bangui le 26 septembre 1994, publiée par le décret n° 96-1071 du 9 décembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mulot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante de la république centrafricaine née en 2000, est entrée en France le 12 août 2021 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour, ledit titre ayant été renouvelé jusqu'au 6 août 2023. Le 6 juillet 2023, Mme B a sollicité un nouveau renouvellement de son titre de séjour et, par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". / Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou de stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ".

3. D'une part, le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné à la justification par son titulaire, outre de ses moyens d'existence, de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir. D'autre part, ces dispositions permettent à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, à partir de l'ensemble du dossier, et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à son arrivée en France, Mme B s'est inscrite pour l'année universitaire 2021/2022 en première année de licence de mathématiques à l'université Jean Jaurès à Toulouse (Haute-Garonne), qu'elle n'a pas validée, obtenant une moyenne de 0,9 sur 20. Pour l'année 2022/2023, elle s'est inscrite en première année de licence d'économie à l'université de Rouen Normandie, année qu'elle n'a pas validée en obtenant la moyenne de 5,16 sur 20 à la seconde session. Pour l'année 2023/2024, elle s'est réinscrite dans la même formation.

5. Depuis son arrivée en France, Mme B n'avait validé à la date de la décision attaquée aucun semestre universitaire ni justifié d'un progrès la rapprochant sensiblement d'une telle validation. Elle n'a pas plus justifié ni devant l'autorité administrative ni devant le tribunal d'un projet professionnel ni même estudiantin cohérent. Si son état de santé a justifié trois examens aux urgences gynécologiques au centre hospitalier universitaire de Rouen en décembre 2022 pour un traitement par un médicament tératogène, cet épisode isolé et dont aucune des conséquences alléguées n'est documentée n'est pas de nature à justifier l'absence totale de validation d'un quelconque semestre depuis 2021. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime a pu rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour dont il était saisi.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

7. Entrée en France avec un titre de séjour ne lui donnant pas vocation à s'établir durablement sur le territoire français, Mme B n'y justifie d'aucune attache en se bornant à produire une attestation d'un étudiant béninois qui se présente comme sa relation amoureuse, elle est dépourvue de toute charge de famille et ne conteste pas avoir conservé de nombreuses attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à une date récente et où réside notamment son frère qui s'est engagé à la prendre financièrement en charge. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304408

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