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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304430

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304430

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023, M. A C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans l'un et l'autre cas, dans le délai de trente jours et sous astreinte journalière de cent euros

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale pour être fondée sur un refus de séjour illégal ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- la décision en date du 11 octobre 2023 d'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Inquimbert pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 26 septembre 1977, est entré en France en novembre 2018, selon ses déclarations. Le 8 mars 2021, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il ne s'est pas conformé. Le 16 septembre 2021, il a conclu un PACS avec une ressortissante française. Le 27 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'articles 6-5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 12 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Au cas d'espèce, par les pièces qu'il produit, M. C n'établit pas séjourner sur le territoire français depuis une date antérieure à l'année 2019. Au demeurant, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour, en France, laquelle résulte, au moins partiellement, de ce qu'il ne s'est pas conformé à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le 8 mars 2021. Si M. C établit entretenir une relation stable et effective avec Mme D B, ressortissante française avec laquelle il a conclu un PACS, le 16 septembre 2021, cette relation, est, en tout état de cause, récente. Le requérant ne justifie d'aucune insertion professionnelle actuelle ou passée, la promesse d'embauche en date du 12 octobre 2023 dont il se prévaut, ne pouvant être regardée comme constitutive d'une preuve en ce sens. Il suit de là qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent, pas plus qu'il n'a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, eu égard à ce qui a été exposé précédemment, s'agissant de la légalité du refus de séjour, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, adoptée concomitamment au refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse n'avait pas, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à faire l'objet d'une motivation spécifique. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, eu égard à ce qui été exposé au point n°4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. L'intéressé ne peut donc exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant son pays de renvoi forcé.

9. En second lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision fixant le pays de destination qui a été prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. C, qui, au demeurant, n'allègue pas avoir sollicité en vain la communication de toutes informations utiles ou éléments nouveaux au préfet de la Seine-Maritime, n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.

10. En dernier lieu, pour l'ensemble des motifs précédemment exposés, la décision litigieuse ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304430

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