mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge Unique 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, M. B, représenté par Me Allix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est illégale dès lors que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire sont elles-mêmes illégales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailly ;
- les observations de Me Allix pour M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré sur le territoire français le 12 septembre 2018. Par un arrêté du 13 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de chacune des décisions attaquées :
2. Il ressort des termes du procès-verbal d'audition établi par les services de la police nationale le 13 novembre 2023 que M. B a été spécifiquement interrogé par les services de la police nationale sur sa situation administrative, familiale et personnelle, et a été mis en mesure de présenter des observations sur la perspective d'une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que si M. B a bénéficié d'un visa délivré par les autorités italiennes, d'une part, celui-ci a été révoqué par ces autorités, au motif que l'intéressé avait produit un document de voyage falsifié ou contrefait et, d'autre part, il ne démontre pas être entré sur le territoire français durant la validité de ce visa ni s'être déclaré à l'entrée sur le territoire auprès des autorités françaises. Ainsi il ne peut être regardé comme justifiant d'une entrée régulière sur le territoire français et il s'y est maintenu en situation irrégulière, sans demander son admission au séjour. Dès lors, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider de l'obliger à quitter le territoire français.
5. M. B, qui ne justifie pas d'une durée de présence significative sur le territoire français, est célibataire et sans charge de famille. En outre, s'il se prévaut de l'activité professionnelle qu'il exerce en qualité de pâtissier et des différentes missions réalisées, son embauche en contrat à durée indéterminée à temps plein est récente. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressé, et alors même qu'il serait proche de sa tante et de ses cousins qui vivent en région parisienne et qu'il dispose depuis l'été 2023 d'un emploi stable, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni même qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. B, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, prononcée le 14 septembre 2020 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, à laquelle il n'a pas déféré. Dès lors, en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 611-2 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.
12. En second lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
13. Eu égard à la durée de séjour de M. B sur le territoire français, à la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 14 septembre 2020, à laquelle il n'a pas déféré et faute d'attaches familiales et personnelles fortes en France, le préfet n'a pas, en fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, fait une inexacte application des dispositions précitées, ou porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La magistrate désignée,
P. Bailly
La greffière,
N. Drouilhet
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2304503
nd
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