mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | STERENN LAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, des mémoires, enregistrés le 22 janvier 2024 et le 5 février 2024, et un mémoire en production de pièces enregistré le 6 février 2024, Mme D C, représentée par la SELARL Sterenn Law, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire, ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
o elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne pouvait pas se fonder sur une prétendue reconnaissance frauduleuse de la paternité de son enfant A ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ;
o elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 23 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 18 septembre 2023 par laquelle Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Connaissance prise de la note en délibéré produite par Mme C le 11 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité ivoirienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur la légalité de la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. "
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
4. En outre, il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.
5. Mme C, entrée en France avec un visa de court séjour en août 2017, apporte suffisamment de preuves que le père de son enfant A contribue financièrement à son entretien, qu'il a reconnu avant la naissance. Il ne ressort pas des pièces produites par le préfet, qui se borne à l'alléguer, que la reconnaissance de paternité de cet enfant née en février 2020 serait frauduleuse. Cependant, la convention conclue entre Mme C et le père de son enfant, organisant les modalités d'exercice de l'autorité parentale et fixant la contribution de M. B à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, n'a été homologuée par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du Havre que le 25 septembre 2023, soit postérieurement à la date de la décision en litige à laquelle sa légalité doit être appréciée. Mme C, en se bornant à produire des attestations et quelques photographies, n'apporte pas suffisamment d'éléments permettant d'établir la contribution de M. B à l'éducation de son enfant à la date de cette décision. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle remplissait, à cette date, les conditions, fixées par les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, exigées pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a travaillé dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de mai 2022 à décembre 2022 puis de janvier 2023 à septembre 2023 mais ne présente pas de contrat de travail en cours au jour de la décision en litige. La contribution du père à l'éducation de son dernier enfant n'est pas suffisamment établie. Si l'intéressée a retrouvé en France sa mère qui y réside depuis plusieurs années, elle ne fait pas état d'une insertion sociale particulière et n'est pas dépourvue de tout lien en Côte-d'Ivoire, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et où réside son enfant aînée âgée de 12 ans. Par suite, le refus de séjour en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme C de mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de son enfant vivant en France. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'en lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante ou de celle de son enfant mineur vivant en France.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () "
8. Comme il a été dit, les pièces produites par le préfet de la Seine-Maritime, qui se borne à faire état d'une suspicion de fraude à la paternité, ne suffisent pas à faire regarder la reconnaissance de paternité de A comme souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour. Mme C, qui vit seule avec son enfant et s'en occupe quotidiennement, contribue de manière effective à son entretien et à son éducation depuis sa naissance et peut donc se prévaloir des dispositions précitées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 17 juillet 2023 en tant que celui-ci l'oblige à quitter le territoire français. Cette annulation n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour mais seulement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de sa situation, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une astreinte. Il n'y a pas lieu de mettre des frais d'instance à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il oblige Mme C à quitter le territoire français.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et de procéder, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement, au réexamen de sa situation.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la SELARL Sterenn Law et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN Le président,
signé
P. MINNE Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
No 2304525
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026