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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304606

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304606

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, sous le n° 2304606, Mme B épouse E, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- méconnaît les dispositions l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 25 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, sous le n° 2304607, M. E, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " en application de l'article 3 de l'accord franco-marocain, et subsidiairement, de l'admettre exceptionnellement au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- méconnaît les dispositions l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain en date du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailly, présidente-rapporteure ;

- les observations de Me Niakate substituant Me Boyle, pour M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de M. et Mme E, enregistrées sous les n° 2304606 et n° 2304607, concernent un couple d'étrangers dont les demandes de titres de séjour en France ont été rejetées par le préfet de l'Eure par deux décisions du même jour, assorties de mesures d'éloignement. Par suite, elles présentent à juger de questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme E, ressortissants marocains, nés respectivement le 5 février 1985 et le 10 janvier 1985, déclarent être entrés en France avec leurs enfants mineurs, respectivement, le 13 septembre 2019 et le 6 juillet 2019, munis d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Casablanca valable du 30 avril 2019 au 30 octobre 2019 pour des entrées multiples et d'une durée maximale de séjour de 90 jours. S'étant maintenus sur le territoire français au-delà de la durée de validité de leur visa, ils ont sollicité, le 30 janvier 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-10 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour Mme E, et sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain ainsi que les articles L. 425-10 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour M. E. Par arrêtés du 1er août 2023, le préfet de l'Eure a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de leur reconduite à la frontière.

3. En premier lieu, par un arrêté n°DCAT-SJIPE-2022-28 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Eure, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, pour refuser le titre de séjour sollicité par les intéressés, le préfet de l'Eure s'est notamment fondé sur l'avis du 22 mai 2023 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel si l'état de santé du jeune A, âgé de 4 ans, nécessite des soins, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et sur le fait que les intéressés ne démontrent pas que le suivi médical de A ne pourrait pas se poursuivre au Maroc. Le préfet a ainsi indiqué qu' ils ne remplissent pas les conditions prévues à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obtention d'une autorisation provisoire de séjour en tant que " parent d'enfant malade " et a également examiné les conditions de leur séjour en France Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de leurs demandes doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". L'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. L'article L. 435-1 précité, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. D'une part, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

8. D'autre part, M. E fait valoir qu'il est présent en France depuis 2019 et qu'il travaille depuis plusieurs années. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été recruté en tant que boucher, sous contrat à durée déterminée au sein de la société Bizim Market entre mai 2020 et janvier 2023 puis sous contrat à durée déterminée se terminant au 1er juillet 2023 soit un mois avant la date de la décision attaquée. Même si le requérant se prévaut de la transmission de la demande d'autorisation de travail effectuée par son employeur aux services de la préfecture, il n'a, toutefois, pas présenté l'avis médical recueilli suite au contrôle médical, nécessaire pour l'obtention d'un titre de séjour selon les stipulations précitées. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

9. En dernier lieu, si M. E se prévaut de son contrat à durée indéterminée depuis le 1er novembre 2023, ce seul fait ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. M. et Mme E se prévalent également de la scolarisation de leurs trois enfants. Toutefois, l'arrêté ayant été pris le 1er août 2023, à la fin de l'année scolaire suivie par les enfants, la décision ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de l'enfant. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise au sein de leur pays d'origine. Enfin, la présence de leur fils malade ne constitue pas un motif exceptionnel dès lors que son état de santé lui permet de voyager. Ainsi, à la date de l'arrêté en litige, la situation personnelle et familiale de M. et Mme E ne permettait pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant que le préfet fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans cet exercice doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. et Mme E doivent être rejetées, comme, par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2304606 et 2304607 présentées pour M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse E, à M. D E, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Bailly

L'assesseur le plus ancien,

J. Cotraud

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2304606, 2304607

ah

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