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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304644

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304644

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette condamnation valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant d'une part l'authenticité de ses actes d'état civil et d'autre part l'absence d'attaches familiales en France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code civil,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- et les observations de Me Berradia, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, entré sur le territoire français le 29 octobre 2020, a sollicité le 20 septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 septembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et celles de l'article 47 du code civil, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. Il mentionne que l'état civil de M. A n'était pas établi par les pièces du dossier, compte tenu notamment des rapports de la police aux frontières relatifs aux documents que le requérant a versés à l'appui de sa demande de titre de séjour, et que le sérieux de la formation que M. A poursuit n'est pas établi. L'arrêté fait également état de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A, en mentionnant notamment qu'il n'a pas de famille en France. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

4. D'une part, contrairement à ce que M. A soutient, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à retenir que les membres de la famille de M. A n'étaient pas présents en France dès lors que l'une des conditions énoncées à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est l'insertion du demandeur dans la société française.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. "

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de la Seine-Maritime a estimé, notamment sur le fondement des rapports simplifiés d'analyse documentaire des services de la police aux frontières du 11 mai 2023, que l'extrait du registre de transcription des naissances du 12 octobre 2020, le certificat de nationalité du 1er octobre 2020 et le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du 1er octobre 2020 étaient irréguliers au regard de l'article 47 du code civil. Toutefois, il ressort de ces rapports que les services de la police aux frontières ont relevé que les trois actes produits comportaient des anomalies tirées du défaut d'alignement et d'impression ainsi que de l'absence de la double légalisation. Le préfet de la Seine-Maritime ajoute également que ces actes ne mentionnent pas les dates et lieux de naissance des parents de l'intéressé. Aucune des irrégularités ainsi relevées, qui n'ont pas conduit à regarder ces actes, au demeurant légalisés, comme étant contrefaits, n'est relative à la réalité des informations y figurant, en particulier l'identité et la date de naissance du requérant. En effet, les services de la police aux frontières se sont bornés à émettre un avis défavorable en pointant seulement des anomalies formelles.

8. De plus, le préfet de la Seine-Maritime s'est également fondé sur l'évaluation sociale concluant à la minorité de l'intéressé lors de sa prise en charge, compte tenu de ses caractéristiques physiques et de son attitude. En outre, l'intéressé produit sa carte consulaire et un récépissé de demande de passeport auprès de l'ambassade de la République de Guinée qui font état de l'identité et de la date de naissance au 5 septembre 2004 de M. A.

9. L'ensemble de ces documents fait ainsi état de la date de naissance de M. A au 5 septembre 2004. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Maritime n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que l'identité de M. A et sa date de naissance ne seraient pas établies. Dans ces circonstances, le motif de la décision attaquée tiré de l'absence de preuve de l'état civil de M. A est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée de refus de titre de séjour est également fondée sur un second motif tiré de ce que, si M. A apporte la preuve de la réalité de sa formation par la production d'un contrat d'apprentissage et d'une formation " CAP cuisine ", ces éléments ne suffisent pas à attester du caractère sérieux du suivi de la formation. Ce second motif n'est pas contesté par M. A qui, au demeurant, n'apporte aucun élément complémentaire relatif à son insertion professionnelle et sa formation. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus de titre de séjour s'il s'était fondé exclusivement sur ce second motif tiré du défaut de sérieux de la formation dès lors que cet élément constitue une condition mentionnée à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant un titre de séjour de M. A n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour doit donc être écarté.

12. Eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français, qui ne fait état d'aucune relation créée en France, ainsi qu'à sa situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 13 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que ses conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthet-Fouqué, président,

M. Cotraud, premier conseiller

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

Le président,

J. Berthet-Fouqué La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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