lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 9 novembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts de Seine a suspendu son permis de conduire pour une durée de 8 mois.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vise d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 224-2 du code de la route ;
- elle méconnait l'article R. 224-6 du code de la route ;
- elle méconnait les articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre l'administration et le public.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, la préfecture des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route doit être écarté ;
- le moyen tiré d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 224-7 du code de la route doit être écarté ;
- le moyen tiré du non-respect de l'article R. 224-6 du code de la route doit être écarté.
Par une ordonnance du 10 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle M. A a présenté son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle routier opéré le 4 novembre 2023, le permis de conduire de M. D B a fait l'objet d'une rétention après qu'ait été relevé à son encontre un état d'ivresse manifeste alors qu'il a refusé de se soumettre à une vérification de son état alcoolique. Par une décision du 9 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la suspension administrative du permis de conduire de M. B pour une durée de huit mois. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, Mme C disposait d'une délégation de signature pour prendre la décision contestée publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du 13 octobre 2023.
3. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des articles L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 du code de la route, le représentant de l'État dans le département peut prendre des mesures de suspension du permis de conduire à l'encontre des personnes soupçonnées d'avoir commis certaines infractions. Il résulte en particulier des dispositions des articles L. 224-1 et L. 224-2 que, en cas de conduite en état d'ivresse manifeste, le permis de conduire du conducteur est retenu à titre conservatoire par les officiers ou agents de police judiciaire et que le préfet peut alors, dans un délai de soixante-douze heures, en prononcer la suspension pour une durée maximale de six mois, pouvant être portée à un an en cas de conduite en état d'ivresse. M. B ne conteste pas être dans le cas dans lequel une suspension supérieure à 6 mois peut être adoptée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Au sens de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions du code de la route applicables, notamment ses articles L. 224-1 et L. 224-2. Elle mentionne les faits et que le comportement du contrevenant représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Ainsi, cette décision, qui mentionne clairement la nature de l'infraction reprochée et les dispositions du code de la route la réprimant, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et répond à l'obligation de motivation résultant des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". De même, au sens de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / () ".
7. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dangereux retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
8. En l'espèce, le préfet des Hauts de Seine, compte tenu du délai de 72 heures dans lequel s'exerçait son action et eu égard au danger grave et immédiat que représentait l'intéressé pour la sécurité, n'était pas tenu de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 224-6 du code de la route : " I. - Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. ".
10. Il résulte des dispositions précitées que la restriction du droit de conduire sous condition n'est qu'une possibilité offerte au préfet au regard du comportement du conducteur. Or, eu égard au comportement de l'intéressé, mettant en danger sa personne et les tiers, le moyen tiré d'une décision entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour défaut de mise en œuvre des dispositions de l'article R. 224-6 du code de la route doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 aout 2023 par laquelle le préfet de l'Eure a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de huit mois. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
H. ALe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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