jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022 sous le n° 2201898, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 10 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire au séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que la décision attaquée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
II./ Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023 sous le n° 2304808, Mme B, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 août 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, le temps de son réexamen, une autorisation provisoire au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que la décision attaquée :
- n'est pas suffisamment motivée en droit ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle a produit des éléments nouveaux et que l'opportunité d'attendre la décision de la juridiction concernant sa précédente demande de titre de séjour ne peut constituer un motif de refus d'examen de sa nouvelle demande de titre de séjour ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 6 avril 2022 admettant Mme A à l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n° 2201898 ;
- la décision du 22 novembre 2023 admettant Mme A à l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n° 2304808 ;
- les décisions par lesquelles le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane, demande au tribunal, par sa requête n° 2201898, d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par sa requête n° 2304808, d'annuler la décision du 30 août 2023 par laquelle ce préfet a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour.
2. Les requêtes nos 2201898 et 2304808 sont présentées par la même justiciable, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur le refus de titre de séjour du 24 février 2022 :
3. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. "
5. Mme A se borne à produire, d'une part, quelques photos non datées et une attestation ni circonstanciée ni accompagnée de justificatifs du père de son enfant français, et, d'autre part, un jugement du juge aux affaires familiales fixant la contribution du père à l'entretien de l'enfant rendu postérieurement à la décision en litige et n'éclairant en rien la contribution antérieure à son prononcé. La requérante n'établit donc pas, par les pièces qu'elle produit, la contribution effective du parent français à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur à la date à laquelle la décision qu'elle attaque a été prise et à laquelle sa légalité doit être appréciée. Ne démontrant pas que cet enfant, né en février 2019 et non scolarisé à la date de la décision en litige, aurait des liens avec son père de nationalité française, et dès lors que la cellule familiale de Mme A peut se reconstituer au Nigéria, pays dont le père d'un autre enfant né en 2020 est également originaire, la requérante n'établit pas que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît, à la date de son édiction, les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France, en 2018, à la seule fin d'y demander l'asile. Elle ne fait état d'aucune insertion sociale ni d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Comme il a été dit au point 5, elle ne démontre pas la contribution effective du parent français à l'entretien et à l'éducation de son aîné et ne fait pas état d'obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine dont le père de son second enfant est originaire, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où elle n'établit pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants. Sa situation ne présente pas de caractère exceptionnel ou humanitaire. Par suite, en ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour le 24 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis et n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés, comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
Sur le refus d'examen de la demande de titre de séjour du 30 août 2023 :
7. Il ressort des affirmations des parties que, postérieurement au refus de titre de séjour du 24 février 2022, Mme A a de nouveau demandé aux services de la préfecture la délivrance d'un titre de séjour et a produit, à l'appui de sa demande, le jugement du juge aux affaires familiales du 15 décembre 2022 fixant les modalités d'exercice de l'autorité parentale à l'égard du premier enfant de l'intéressée.
8. Il résulte des dispositions des articles R. 431-9 à R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Une demande de titre de séjour peut être considérée comme abusive si elle ne présente aucun élément nouveau ou si les éléments nouveaux présentés sont purement dilatoires mais le simple fait que l'étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'un arrêté de transfert vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ne suffit pas à révéler un tel caractère.
9. Mme A, en demandant un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant de nationalité française après l'intervention du juge aux affaires familiales, a présenté des éléments nouveaux par rapport à sa demande précédente, à laquelle le préfet de la Seine-Maritime avait répondu à une date à laquelle le jugement n'était pas intervenu et dont il ne pouvait dès lors pas tenir compte. En refusant d'examiner la nouvelle demande de titre de séjour présentée par Mme A au motif que le jugement du juge aux affaires familiales avait été transmis au tribunal dans l'instance n° 2201898 et qu'il n'était pas " opportun " de traiter la demande de titre de séjour avant que le tribunal ne statue, le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 30 août 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour.
11. Par voie de conséquence du rejet des conclusions en annulation présentées dans l'instance n° 2201898, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de cette instance doivent être rejetées.
12. L'annulation de la décision du 30 août 2023 implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à l'examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A, en tenant compte de l'ensemble des éléments qu'elle a produit, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen et dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.
13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans l'instance n° 2304808, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Bidault, avocate de Mme A bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, renonce à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 août 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'examiner la demande de titre de séjour présentée par Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à l'examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen et dans le délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Dans l'instance n° 2304808, l'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Bidault en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette avocate renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La requête n° 2201898 et le surplus de la requête n° 2304808 sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Nos 2201898, 2304808
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026