mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'arrêté portant obligation quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît le principe de non refoulement prévu à l'article 33-1 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés dès lors, en particulier, qu'il n'a pas été statué sur sa demande d'asile ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté et au rejet des conclusions à fin d'annulation et d'injonction.
Le préfet fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français formées par le requérant, la CNDA ayant rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 22 novembre 2023, notifiée le 19 décembre 2023 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné, a été entendu.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A ressortissant afghan né le 25 juin 2001, déclare être entré irrégulièrement en France le 6 avril 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 2 février 2023, rejet confirmé par la CNDA, le 11 juillet 2023. Le 21 août 2023, l'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision en date du 25 septembre 2023, l'OFPRA a rejeté cette demande comme irrecevable. M. A a formé un recours contre cette décision auprès de la CNDA. Par l'arrêté attaqué du 24 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter l'acte attaqué. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".
6. D'une part, en ayant vu la demande de réexamen de sa demande d'asile traitée par l'OFPRA dans les conditions rappelées au point n°1, M. A s'est légalement vu appliquer les dispositions combinées du 3° de l'article L. 531-32, de l'article L. 531-42 et du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 instaurant un principe de non-refoulement des demandeurs d'asile ne font pas obstacle à ce que les Etats prévoient, par exception à ce principe, des hypothèses dans lesquelles le droit au maintien sur le territoire prend fin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
7. D'autre part, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni des dispositions de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces instruments sont, par suite, inopérants.
8. En quatrième lieu, M. A ne peut pas non plus utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions n'ont pas pour objet de lui accorder un droit de se maintenir sur le territoire français, lequel est régi, en ce qui le concerne, par l'article L. 542-2 du même code.
9. En dernier lieu, M. A, ressortissant afghan, serait entré pour la première fois en France en avril 2022. Célibataire et sans liens avérés sur le territoire national, il a vécu la majeure partie de son existence en Afghanistan, où il n'établit pas être sans attache. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement attaquée, qui fait suite à une décision de rejet de la demande d'asile de l'intéressé, procède d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
11. M. A soutient que sa vie et sa liberté seraient mises en péril en cas de retour en Afghanistan en raison des menaces pesant sur sa famille et de la situation de violence aveugle prévalant dans ce pays. Toutefois, d'une part, ses allégations relatives à un litige foncier qui l'opposerait aux Talibans ne sont étayées d'aucun élément suffisamment probant de nature à justifier de leur bien fondé. Il en va de même des accusations d'espionnage qui pèseraient sur son père et son frère, lesquelles seraient, selon lui, susceptibles de lui nuire et de mettre les autorités talibanes à sa recherche. D'autre part, si l'Afghanistan connaît une situation sécuritaire dégradée et instable, il n'y régnait pas, au jour de l'adoption de la décision en litige, une situation de violence aveugle généralisée sur l'ensemble de son territoire interdisant au requérant d'y séjourner. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En dernier lieu, pour l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2023.
Sur les conclusions à fin de suspension :
14. Il ressort des pièces du dossier que par une décision en date du 22 novembre 2023, notifiée le 19 décembre 2023, la CNDA a rejeté le recours formé par M. A et dirigé contre la décision du 25 septembre 2023 de l'OFPRA rejetant comme irrecevable la demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, les conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la CNDA, formées par M. A, ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, ni la suspension de l'arrêté du 24 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Ses conclusions formées en ce sens doivent dès lors être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A, présentées à titre subsidiaire, tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 24 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BOUVET
La greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026