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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304903

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304903

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B qui contestait l'invalidation de son permis de conduire par le ministre de l'intérieur. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation de la décision attaquée. Concernant le moyen tiré du défaut d'information préalable, le tribunal a jugé que l'administration apportait la preuve de la délivrance des informations obligatoires pour les infractions du 11 août 2023 et du 28 mars 2022, notamment par le paiement des amendes. La solution est fondée sur les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2023 et 17 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Lacour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent;

- la décision est insuffisamment motivée;

- son solde de points était positif à la date de la décision attaquée, il aurait d bénéficier d'une réattribution de point suite à l'infraction du 25 janvier 2023;

- s'agissant de l'infraction commise le 16 février 2022, il n'a pas reçu l'information préalable obligatoire prévue par l'article R.223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. D, magistrat-désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, une décision du 18 septembre 2023 du ministre de l'intérieur portant délégation de signature a donné délégation à Mme C pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

2. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'acte doit, en tout état de cause, être écarté.

3. En troisième lieu, la circonstance que les décisions de retrait de points n'auraient pas été notifiées est sans incidence sur la légalité de ces décisions, au demeurant récapitulées dans la décision modèle 48SI.

4. En quatrième lieu,, il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

5. M. B conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI contesté. Toutefois, s'agissant de l'infraction commise le 11 aout 2023, constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), elle a fait l'objet d'un paiement spontané au stade de l'amende forfaitaire ainsi qu'en atteste la mention " AF " figurant sur le relevé d'information intégral de l'intéressée produit par le ministre en défense. Il en résulte que M. B a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement, courrier comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que le requérant n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont nécessairement été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information.

6. S'agissant de l'infraction du 28 mars 2022, il ressort du relevé d'information du requérant qu'elle a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmise au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il ressort également du relevé, et notamment de la mention " AM ", que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM). Par suite, un avis de contravention puis un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. Cette réception est attestée par le paiement de l'AFM en date du 18 juillet 2022 ainsi que l'établit le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé (TCA) de Rennes. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont bien été portées à la connaissance du requérant.

7. Le ministre de l'intérieur produit une copie du procès-verbal électronique afférent à l'infraction du 16 février 2022, qui est revêtu de la mention " N/A " pour indiquer la non-apposition de la signature en raison des règles sanitaires pour lutter contre le Covid-19, et qui comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les mentions de ce procès-verbal, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, attestent ainsi que l'administration s'est acquittée envers l'intéressé, lors de l'établissement de ce procès-verbal, de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points à la suite de l'infraction du 16 février 2022 serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

8. S'agissant de l'infraction commise le 25 février 2023, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'amende forfaitaire majorée, qui comprend l'ensemble des informations exigées par la loi, a été présenté au domicile de M. B le 15 mai 2023 et retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant régulièrement bénéficié des informations exigées par le code de la route pour ces deux infractions.

9. S'agissant de l'infraction commise le 26 novembre 2022, il ressort des indications du relevé intégral d'information qu'elle a été constatée par radar automatique et suivie d'un titre exécutoire en vue du recouvrement d'une amende forfaitaire majorée émis à son encontre, sans qu'il soit établi que le requérant s'en soit spontanément acquitté. Toutefois, dès lors qu'il est constant que le requérant a déjà eu connaissance de l'ensemble de ces éléments à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes et notamment celle du 15 janvier 2022, laquelle a donné lieu au paiement spontané de l'amende forfaitaire, il n'est pas fondé, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à ce qui vient d'être dit, à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'une information globale sur l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, l'omission de l'information, s'agissant de ce retrait de point contesté, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de le priver de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable, s'agissant de ces infractions, doit être écarté.

10. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que son solde de points était positif à la date de la décision attaquée, dans la mesure où il aurait dû bénéficier d'une réattribution de point suite à l'infraction du 25 janvier 2023, il ressort des pièces du dossier que cette infraction a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée le 30 avril 2023. En application de l'article L.223-6 du code de la route, le délai de 6 mois qu'il prévoit expirait en l'espèce le 30 octobre 2023. Or le requérant a commis une infraction donnant lieu à retrait de point le 11 aout 2023.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

.

Le magistrat désigné,

signé

H. DLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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