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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304941

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304941

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2023 et régularisée le 22 décembre 2023, et des mémoires en production de pièces enregistrés le 4 janvier 2024 et le 22 février 2024, M. A C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle a été prise par une autorité incompétente ;

o elle est entachée d'une erreur de fait quant à l'emploi qu'il occupe ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne signé à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Seyrek, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. B D qui disposait pour ce faire, en qualité de sous-préfet du Havre, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 23-087 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 76-2023-131 le 29 août 2023. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, s'il peut être admis que M. C travaille en qualité de boulanger auprès de la société Maison C et non en qualité de vendeur comme cela était indiqué dans la demande de titre de séjour adressée aux services de la préfecture par son conseil et dans son premier contrat de travail, il résulte de l'instruction, compte tenu des autres motifs indiqués dans l'arrêté en litige, que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision de refus de titre de séjour s'il n'avait pas commis cette erreur de fait. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié". () " Aux termes de l'article 11 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".

5. Si M. C est entré en France en 2019 avec un visa de long séjour, ce document ne l'a dispensé, pendant sa durée de validité, de souscrire une demande de carte de séjour qu'au regard de sa qualité de titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée et ne l'a pas autorisé à travailler sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. M. C, qui n'est en outre pas titulaire d'une autorisation de travail, ne remplit donc pas les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. En quatrième lieu, M. C relève de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et ne peut donc pas utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour portant la mention " salarié ".

7. En cinquième lieu, le requérant, qui n'a demandé son admission exceptionnelle au séjour qu'au regard de son statut de salarié, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet ne s'est pas prononcé.

8. En dernier lieu, si M. C est entré régulièrement en France en mars 2019 et y séjourne depuis lors, il s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement prise à son encontre en 2021 soit antérieurement à la conclusion de son actuel contrat de travail. Il a travaillé, chez trois employeurs différents, pendant trois ans et trois mois, mais sans continuité et en grande partie sans autorisation de travail. S'il réside avec un cousin et travaille dans la boulangerie d'un autre cousin, il ne fait pas état d'une insertion sociale particulière et n'est pas dépourvu de toute attache en Tunisie, où résident ses parents et sa fratrie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où il a suivi des études. Sa situation ne présente pas un caractère exceptionnel. En ayant refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle qu'aurait commise le préfet dans l'usage de son pouvoir de régularisation doit également être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision en litige, qui fait suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé, mentionne les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France, sa situation personnelle et professionnelle, le refus de titre de séjour dont elle fait l'objet et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. Elle est donc suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 8.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. C n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

signé

H. JEANMOUGIN Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2304941

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