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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304982

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304982

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre 3P
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023, M. C A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Roumanie ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre en charge sa demande d'asile sans délai à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 (alinéa 2) de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnaît les articles 9 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- méconnaît le point 21 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- a été pris sans qu'il soit établi que l'État roumain aurait été effectivement saisi et aurait répondu ;

- a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit le 28 décembre 2023 un mémoire en production de pièces.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n ° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 janvier 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Vercoustre pour M. A, et de M. A, assisté par M. B, interprète, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et produit une pièce, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions des articles R. 777-3-6 et R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité pakistanaise, demande l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Roumanie.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, selon l'article 21 de l'exposé des motifs du règlement n° 603/2013, le recours à un expert en empreintes digitales a pour objet de permettre que les résultats positifs obtenus dans Eurodac soient vérifiés de manière à garantir la détermination exacte de la responsabilité au titre du règlement (UE) n° 604/2013. Cette vérification a pour seul objet de garantir la fiabilité des résultats de la comparaison des empreintes, de sorte que sa méconnaissance ne saurait affecter la régularité de la procédure suivie lorsque la fiabilité des informations issues de la comparaison n'est pas sérieusement critiquée.

4. Si M. A soutient qu'il n'est pas démontré que les autorités qui ont collecté les empreintes lui ont demandé son accord et ont diligenté, pour les vérifier, un expert en empreintes digitales, il ne conteste toutefois aucune des informations issues de la comparaison de ses empreintes digitales avec les données contenues dans cette base de données et ne conteste pas avoir transité par la Roumanie. En outre, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Ainsi, cette information, pour essentielle qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle un État membre décide du transfert d'un étranger vers l'État responsable du traitement de sa demande d'asile. Dès lors, les allégations relatives au défaut d'obtention de l'accord de l'intéressé avant la collecte de ses empreintes digitales et à l'absence de vérification de ces empreintes par un expert ne sont pas de nature à remettre en cause la fiabilité des résultats et par suite la régularité de la procédure. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 9 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013, et, en tout état de cause, celui du point 21 du préambule de ce même règlement, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été mis en possession, le 5 septembre 2023, de la brochure A et de la brochure B rédigées en langue ourdou qu'il ne conteste pas comprendre et n'a apposé aucune observation sur les pages de couverture des brochures qui lui ont été remises. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'il a été procédé, le 5 septembre 2023, conformément à l'article 5 du règlement européen n° 604/2013, à un entretien entre l'intéressé et, comme en atteste le tampon apposé sur son résumé, un agent de la préfecture de police de Paris, soumis aux obligations d'obéissance hiérarchique, de discrétion professionnelle, de moralité, de probité et de neutralité, donc qualifié, avec l'assistance d'un interprète en langue ourdou que le requérant comprend. L'intéressé a pu, au cours de cet entretien, faire état de sa situation personnelle. Rien ne permet de présumer que cet entretien n'aurait pas été mené de manière confidentielle. Il n'est donc pas établi que les exigences de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n'auraient pas été respectées.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces produites que la Roumanie a été saisie le 24 octobre 2023 et que cet État a explicitement répondu accepter la reprise en charge de M. A le 6 novembre 2023.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas réalisé un réel examen de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté en litige.

9. En sixième lieu, M. A se borne à soutenir qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile aurait été rejetée en Roumanie et n'apporte aucun commencement de preuve de ce qu'il n'aurait pas demandé l'asile dans ce pays ou que sa demande n'aurait pas été traitée, alors que les informations selon lesquelles sa demande d'asile a été rejetée en mai 2023 en Roumanie ont été recueillies après analyse de ses empreintes digitales. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des seules allégations du requérant, dépourvues de précision, que la Roumanie présenterait des défaillances systémiques dans l'examen des demandes d'asile et ne serait pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à ses droits et qu'il risquerait d'encourir des traitements inhumains ou dégradants dans ce pays ou en cas de retour au Pakistan, son pays d'origine. Il n'est pas établi que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée en Roumanie, ne pourrait pas en demander le réexamen. L'intéressé n'établit pas, par la production d'une ordonnance pour la réalisation d'un doppler des artères rénales et d'un bilan d'hypertension artérielle, et d'un compte-rendu d'échographie mentionnant un contexte possible de maladie de Launois Bensaude, souffrir de problèmes de santé qui ne pourraient pas être pris en charge en Roumanie ni que son transfert vers ce pays entraînerait, par lui-même, un risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé. M. A n'établit aucune attache en France, pays dans lequel il est entré récemment. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Roumanie. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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