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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2305001

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2305001

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2305001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, rejette la requête de M. C contestant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Le juge estime que la réalité de l'infraction du 3 mars 2023 est établie par l'émission d'un titre exécutoire, et que M. C n'apporte pas la preuve d'une réclamation ayant entraîné son annulation. Par ailleurs, le stage de récupération de points effectué les 30 et 31 mars 2023 ne peut être pris en compte, faute de pouvoir vérifier l'agrément du centre et l'identité des intervenants. La décision est fondée sur les articles L. 223-1 du code de la route et 530 du code de procédure pénale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Fafowora de Lombardon , demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 7 novembre 2023 portant invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'ordonner la reconstitution du capital de points attachés à son permis de conduire à hauteur de cinq, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et d'ordonner à titre provisoire la restitution de son permis ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a effectué un stage de récupération de points les 30 et 31 mars 2023, quatre points auraient dû être ajoutés à son capital de points;

- la réalité de l'infraction du 3 mars 2023, qu'il a contesté dans le délai imparti, n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen portant sur l'imputabilité de l'infraction relevée le 3 mars 2023 est porté devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- la réalité de l'infraction querellée est bien établie car le requérant n'apporte nullement la preuve que sa réclamation a été considérée recevable et qu'elle a par suite entraîné l'annulation du titre exécutoire ;

- il ne peut bénéficier d'un ajout de points au titre des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, car il n'est pas possible d'établir l'existence du centre qui aurait dispensé le stage et donc de vérifier qu'il disposait d'un agrément valide, et qu'il n'est pas non plus possible d'établir l'identité de l'exploitant et du psychologue.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, magistrat honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. B a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

2. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

4. En l'espèce, il ressort du relevé intégral du permis de conduire de M. C, édité le 29 décembre 2023, que l'infraction contestée du 3 mars 2023 a donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'instruction que, à supposer que le requérant ait formé le 22 mars 2023 une réclamation à l'encontre de l'infraction contestée, l'officier du ministère public n'a pas fait droit à cette réclamation. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de cette infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement de ladite infraction doit être écarté.

5. En second lieu, le quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route dispose que : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière () ". Aux termes de l'article L. 213-1 du code de la route : " L'enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur d'une catégorie donnée et de la sécurité routière ainsi que l'animation des stages de sensibilisation à la sécurité routière mentionnés à l'article L. 223-6 ne peuvent être organisés que dans le cadre d'un établissement dont l'exploitation est subordonnée à un agrément délivré par l'autorité administrative. () ". Aux termes de de l'article L. 213-3 du même code : " Nul ne peut exploiter, à titre individuel, ou être dirigeant ou gérant de droit ou de fait d'un des établissements mentionnés à l'article L. 213-1, s'il ne satisfait aux conditions suivantes : () ". Aux termes du I de l'article R. 223-8 du même code : " Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 26 juin 2012 fixant les conditions d'exploitation des établissements chargés d'organiser les stages de sensibilisation à la sécurité routière: " Les stages de sensibilisation à la sécurité routière mentionnés aux articles L. 223-6 et R. 223-5 du code de la route sont proposés, organisés et dispensés, à titre onéreux, par un établissement agréé par le préfet du département du lieu d'implantation de l'établissement, dans les conditions définies par le présent arrêté. / L'établissement est caractérisé par un exploitant, personne physique ou représentant légal d'une personne morale et des locaux d'activité. Les stages de sensibilisation à la sécurité routière sont placés sous la responsabilité de l'exploitant de l'établissement ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Toute personne désirant obtenir un agrément pour l'exploitation d'un établissement chargé d'organiser des stages de sensibilisation à la sécurité routière doit adresser au préfet du département du lieu d'implantation de l'établissement une demande datée et signée accompagnée d'un dossier () ".

6. M. C soutient qu'il a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 130 et 31 mars 2023 avant notification d'une décision 48SI et produit une attestation de suivi de stage à l'appui. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'exploitant de la société auprès duquel l'intéressé a effectué son stage, qui n'est pas celui bénéficiaire de l'agrément mentionné dans l'attestation, n'était pas titulaire d'un agrément à la date de suivi du stage. Le stage de sensibilisation à la sécurité routière réalisé par l'intéressé ne peut donc être regardé comme ayant été effectué conformément aux dispositions citées au point 5. Par suite, le moyen tiré de ce que ce stage aurait dû permettre à M. C de récupérer quatre points sur son permis de conduire doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

H. BLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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