jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2305007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 février 2024, M. A B, représenté par Me Wak-Hanna, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, notamment, qu'il réside sur le territoire français depuis le 1er mai 2011 et qu'il justifie de son insertion professionnelle ;
- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 7 octobre 1991 déclare être entré en France pour la première fois le 1er mai 2011. Le 18 octobre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de sa qualité de salarié. Par un arrêté en date du 20 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Le requérant demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L.432-14 ".
3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincts mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de leur vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient une faculté de régularisation au titre du travail, est inopérant.
4. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. En l'espèce, si M. B se prévaut de ce qu'il réside de façon habituelle en France depuis le 1er mai 2011, il ressort de ses déclarations, consignées dans un procès-verbal d'audition sur sa situation administrative du 23 avril 2021, qu'il est entré pour la dernière fois sur le territoire français " en juin 2013 ", à une date indéterminée. En outre, eu égard à leur nombre et à leur nature, les pièces qu'il verse aux débats ne permettent pas d'établir qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans. Au demeurant, la durée de séjour dont il se prévaut résulte, notamment, de ce qu'il ne s'est pas conformé aux deux précédentes mesures d'éloignement édictées à son encontre en mai 2020 et avril 2021. M. B n'est pas fondé à se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne sont pas opposables à l'administration. Si l'intéressé justifie d'une amorce d'insertion professionnelle dans le domaine de la boulangerie, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer qu'en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour délivrer à l'intéressé un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
7. Au cas d'espèce, M. B est célibataire, dépourvu de charge de famille, en France. Si le requérant se prévaut de ce que l'un de ses oncles réside sur le territoire national, cette circonstance, n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Il ne peut être tenu pour établi qu'il est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Tunisie, pays qu'il n'a quitté que récemment et où il n'allègue pas être menacé. Enfin, si l'intéressé peut se prévaloir d'une amorce d'insertion professionnelle, en ayant travaillé dans le domaine de la boulangerie, cette circonstance ne suffit pas, à elle seule, à caractériser l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale qu'il invoque, pas plus qu'elle ne caractérise une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, eu égard aux motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par le requérant, n'est pas établie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'acte attaqué. Ses conclusions formées à cette fin doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
C. BOUVET La présidente,
A. GAILLARD Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2305007
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