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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2305101

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2305101

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2305101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023 et régularisée le 22 février 2024, M. A B, représenté par Me Seyrek demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o a été prise par une autorité incompétente ;

o a été prise en méconnaissance du droit à être entendu ;

o est entachée de vices de procédure ;

o a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- La décision portant obligation de quitter le territoire français :

o a été prise par une autorité incompétente ;

o n'est pas suffisamment motivée ;

o est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

o a été prise en méconnaissance du droit à être entendu ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 9 août 2023 admettant M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Seyrek, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité turque, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Par les pièces qu'il produit, M. B établit suffisamment contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français né le 5 juin 2021, notamment par la justification de sa participation aux visites médiatisées dont il bénéficie deux fois par mois et par des achats. Il exerçait une activité professionnelle au jour de la décision en litige. En ayant refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 mai 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour. Par voie de conséquence, les décisions consécutives par lesquelles M. B a été obligé de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine doivent également être annulées.

4. Il y a lieu, compte tenu du motif des annulations prononcées qui l'implique nécessairement, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Seyrek, conseil de M. B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, renonce à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Seyrek en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Seyrek renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Arzu Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au public le 23 mai 2024.

La rapporteure,

signé

H. JEANMOUGINLe président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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