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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2305112

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2305112

mardi 2 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2305112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 et le 31 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Njem Eyoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. A soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ;

- il ne ressort pas de l'arrêté qu'il a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue arabe ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où il vit en France depuis six ans et y a des liens stables et durables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lenfant, greffière d'audience, Mme Van Muylder a lu son rapport et entendu :

- Me Njem Eyoum, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- M. A, assisté de Mme C, interprète.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

1. M. D A, ressortissant algérien né le 3 avril 1999 à Alger, serait entré en France au cours de l'année 2017 selon ses déclarations. Par un arrêté du 11 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 2104064 du 6 janvier 2022, devenu définitif, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé par M. A à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 1er avril 2022, le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Le 27 janvier 2023, l'intéressé a été interpelé par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de violence volontaire par concubin sans incapacité. Par un arrêté du 28 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par jugement n° 2300370 du 1er février 2023, la magistrate désignée a annulé cet arrêté. Par un arrêté en date du 14 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2301395 du 26 septembre 2023, le tribunal de céans a rejeté le recours de M. A dirigé contre cet arrêté. Par un arrêté en date du 28 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A a, en outre, été placé en rétention administrative par arrêté du 28 décembre 2023.

2. En premier lieu, en vertu des articles 1er et 5 de l'arrêté du 30 janvier 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant délégation de signature à M. G E, directeur des migrations et de l'intégration, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2023-009 du même jour, Mme B F, cheffe du bureau de l'éloignement a reçu délégation afin de signer, notamment, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être rejeté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui contrairement à ce que soutient le requérant n'a pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision, prise après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime est dès lors suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle est recevable tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de M. A a fait l'objet d'un jugement de rejet du tribunal de céans le 26 septembre 2023. Par suite le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions de refus de délai de départ volontaire et de fixation du pays de renvoi ainsi que d'interdiction de retour sur le territoire français contenues dans cet arrêté ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

6. M. A soutient que la décision est disproportionnée en raison de la durée de son séjour en France, de la présence de membres de sa famille et du fait qu'il travaille en qualité de couvreur. Toutefois, il ressort des déclarations du requérant qu'il est en instance de divorce et vit actuellement chez une tante. Dans ces conditions, eu égard au fait que M. A n'a pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 11 octobre 2021 et 14 mars 2023, c'est sans erreur d'appréciation ni méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet de la Seine-Maritime a considéré que la situation du requérant ne présentait pas de considérations humanitaires interdisant que soit adoptée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

7. Enfin, la circonstance à la supposer établie que M. A n'aurait pas bénéficié d'un interprète à l'occasion de la notification de la décision litigieuse est sans incidence sur sa légalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 28 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 2 janvier 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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