jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400027 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LENGLET, MALBESIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, la SARL Marelle, représentée par Me Tarteret, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler dans son intégralité la consultation d'entreprises lancée par l'établissement public foncier de Normandie (EPFN) portant sur les travaux de désamiantage du site Omyacolor à Gruchet-le-Valasse ;
2°) de mettre à la charge de l'établissement public foncier de Normandie (EPFN) la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son offre est bien régulière, dès lors que sa proposition d'orientation des bétons pollués de l'atelier de prise en charge de type biocentre n'est pas interdite par le marché, qui mentionne le rapport de la société HPC ENVIROTEC contenant dans ses annexes l'alternative entre l'orientation vers une ISD-ND et l'orientation vers un biocentre des déchets de bétons considérés comme non-dangereux, et non exclusivement vers une ISD-ND ;
- l'EPFN a manqué à ses obligations de mise en concurrence en considérant l'offre de la société Marelle comme irrecevable, ce qui entache d'irrégularité la procédure d'appel d'offres litigieuse ;
- le manquement de l'EPFN a ses obligations de mise en concurrence a lésé la société Marelle qui n'a pas pu voir son offre analysée et bénéficier ainsi d'une chance de remporter le marché, sachant à cet effet qu'elle aurait nécessairement eu une meilleure note que l'offre de la société retenue pour le critère du prix ;
- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où la juridiction tendrait à considérer que l'offre qu'elle a proposée à l'EPFN était irrégulière, les pièces du marché comportent des contradictions et imprécisions qui ont induit la requérante en erreur dans l'établissement de son offre, ce qui affecte la régularité de la procédure de passation et justifie son annulation, dès lors que cette circonstance est susceptible de la léser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, l'établissement public foncier de Normandie, représentée par la SCP " Lenglet Malbesin et Associés ", conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le règlement de la consultation n'autorisait pas les variantes ;
- les documents d'études présents en annexes du rapport HPC sont des analyses préparatoires aux conclusions du bureau d'études, dès lors elles ne reflètent pas l'analyse de la société HPC sur l'orientation des différents déchets issus de la démolition, seule l'orientation vers une ISD-ND étant préconisée à l'exception des matériaux du sondage HPC22, c'est-à-dire pour tous les déchets de bétons non-dangereux ;
- le choix du maître d'œuvre s'étant porté vers une filière ISD-ND et non un biocentre, l'entreprise MARELLE a proposé une variante non autorisée dans le marché et c'est à juste titre qu'elle a déclaré son offre irrecevable ;
- à titre subsidiaire, si le tribunal devait estimer que l'EPFN ne pouvait déclarer l'offre de la société MARELLE irrégulière, seule une annulation globale de la consultation pourrait être prononcée et non une annulation partielle au stade de l'analyse des offres.
La requête a été communiquée à la société Soderec qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les observations de Me Tarteret pour la société Marelle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Malbesin, pour l'établissement public foncier de Normandie.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement public foncier de Normandie (EPFN) a lancé, le 26 juillet 2023, un appel d'offres pour la passation d'un marché en la forme d'une procédure adaptée pour la réalisation de travaux de désamiantage et de déconstruction de l'ancien site Omyacolor situé à Gruchet-le-Valasse. L'entreprise Marelle a répondu à la consultation le 24 novembre 2023. Par un courrier du 26 décembre 2023, l'EPFN a rejeté l'offre de la société Marelle en considérant qu'elle était irrégulière et en l'informant que le marché avait été attribué à la société Soderec. La société Marelle demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler dans son intégralité la consultation d'entreprises lancée par l'établissement public foncier de Normandie (EPFN) portant sur les travaux de désamiantage du site Omyacolor à Gruchet-le-Valasse.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. ". L'article L. 551-10 prévoit que : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas où le contrat doit être conclu par une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou un établissement public local. () ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.
4. L'EPFN a déclaré l'offre de la société Marelle irrégulière au motif que l'orientation des bétons pollués de l'atelier en filière de prise en charge de type biocentre était non conforme aux préconisations prévues au paragraphe 11.5 du CCTP.
5. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées. ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. ".
6. Un pouvoir adjudicateur ne peut attribuer un marché à un candidat qui ne respecterait pas une des prescriptions imposées par le règlement de la consultation.
7. Aux termes de l'article R. 2151-8 du code de la commande publique : " Les acheteurs peuvent autoriser la présentation de variantes dans les conditions suivantes : / 2° Pour les marchés passés selon une procédure adaptée, les variantes sont autorisées sauf mention contraire dans les documents de la consultation. ". Aux termes de l'article 2.4 du règlement de consultation : " Dans le cadre du présent marché, les variantes ne sont pas autorisées ".
8. Pour soutenir que son offre n'était pas irrégulière au regard du règlement de consultation, la société requérante allègue que l'annexe 4 du rapport d'étude HP-F 2A/2.22.5779 du 31/03/2023, auquel renvoie le point 11.5 du règlement intitulé " Cas des bétons issus de la démolition ", comporte des documents d'études qui prévoyaient la possibilité d'orienter les déchets non-dangereux vers une ISD-ND ou vers un biocentre. Dès lors, en proposant de diriger les déchets non dangereux des bétons issus de la démolition du Omyacolor à Gruchet-le-Valasse vers un biocentre et non vers une ISD-ND, son offre était régulière.
9. Toutefois, en premier lieu, si les éléments préparatoires intégrés à l'annexe 4 du rapport HP-F 2A/2.22.5779 du 31/03/2023, auquel renvoie le point 11.5 du règlement, envisageait la possibilité de diriger certains déchets non-dangereux des bétons issus de la démolition vers un biocentre, la conclusion de ce rapport d'étude prévoit, en son point 6.1.3 intitulé " Définition des exutoires ", que " () Les bétons présents sur site seront à orienter en ISD-ND, à l'exception des matériaux du sondage HPC22 qui seront à orienter en centre agréé avec potentiel concassage préalable en première approche. ". Dès lors, la conclusion du rapport d'étude prévoit l'orientation des déchets des bétons présents sur le site sujet de la déconstruction en ISD-ND et ne prévoit pas de possibilité de diriger ces déchets vers un biocentre. La proposition d'orientation des déchets des bétons de l'offre de la société requérante étant différente de celle prévue par le règlement de consultation de l'EPFN, elle présente le caractère de variante, interdite par l'article 2.4 du règlement précité.
10. En second lieu, le règlement de consultation, qui renvoie en son point 11.5 du rapport de la société HPC Envirotec, prévoit sans ambiguïté dans sa conclusion une seule méthode d'orientation des déchets non-dangereux en ISD-ND, les éléments intégrés en annexe 4 étant des éléments préparatoires à l'étude. Dès lors, le règlement de consultation ne comportait aucune contradiction et imprécision qui aurait pu induire la société requérante en erreur dans l'établissement de son offre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Marelle présentées sur le fondement de L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public foncier de Normandie, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la société Marelle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'EPFN sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Marelle est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public foncier de Normandie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Marelle et à l'établissement public foncier de Normandie.
Fait à Rouen, le 25 janvier 2024.
La juge des référés
C. Van Muylder
Le greffier,
J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026