lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3P |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024, M. B, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3 °) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision attaquée est incompétent;
- il n'a pas été destinataire des décisions de retrait de points de son permis de conduire;
- les infractions en cause ne lui sont pas imputables ;
- la procédure suivie est irrégulière ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, magistrat honoraire, en application de l'article R. 222 13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A, magistrat-désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision " 48 SI " :
2. La décision référencée 48 SI du 15 avril 2023 a été signée par Mme Carolyne Charlet, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, cheffe du bureau national des droits à conduire, qui a reçu délégation par la décision du 28 janvier 2020 modifiant la décision du 3 mai 2017 modifiée portant délégation de signature à la délégation à la sécurité routière, publiée au Journal Officiel du 31 janvier 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision 48 SI attaquée est entachée d'incompétence.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".
4. M. B soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur leur légalité. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de notification des décisions attaquées est inopérant et doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne l'imputabilité des infractions :
5. L'appréciation de l'imputabilité à l'intéressé des infractions à raison desquelles des points ont été retirés au capital de points affecté à son permis de conduire relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Par suite, la contestation de cette imputabilité ne constitue pas un moyen susceptible d'être utilement invoqué devant le juge administratif à l'encontre des décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :
6. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
S'agissant des infractions des 14 et 15 septembre 2022 :
7. Il résulte du relevé d'information intégral de M. B que les infractions commises les 14 et 15 septembre 2022 ont été relevées par radar automatique, avec envoi d'un avis de contravention au domicile du titulaire de la carte grise du véhicule contrôlé. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit en outre les attestations de paiement du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement du montant de l'amende forfaitaire majorée afférente à chacune de ces contraventions. Ces paiements permettent d'établir que M. B a reçu les avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n'établit pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.
S'agissant de l'infraction relevée le 10 décembre 2022 :
8. Il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B que l'infraction relevée à son encontre le 10 décembre 2022 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique que le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit en défense, qui mentionne l'adresse indiquée par le requérant lors de son interception. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté les infractions sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au Centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Selon les pièces versées au dossier en défense, le CNT-CSA a envoyé automatiquement au domicile de M. B un avis de contravention, puis en l'absence de réception du paiement réclamé, un avis de majoration de l'amende forfaitaire, réputés comporter l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route. Il ressort du bordereau d'accompagnement du procès-verbal électronique versé à l'instance par le ministre, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis comportant les informations requises a été envoyé le 21 décembre 2022 à l'intéressé, sans retour avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " (NPAI). Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant dispensé l'information préalable exigée par le code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté.
S'agissant des infractions relevées les 24 mars 2023 à 2 h 49 et 4 h 25, 29 août 2022, 31 aout 2022, 18 septembre 2022, 25 septembre 2022 :
9. Si la seule circonstance qu'ait été émis un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à raison des infractions commises ne suffit pas à faire présumer que M. B a eu connaissance de l'avis de contravention comportant les informations requises des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en l'absence notamment d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public susceptibles d'établir que l'intéressé se serait acquitté de cette amende, toutefois, comme le fait valoir le ministre qui produit au demeurant le spécimen de l'avis de contravention, le requérant a reçu une information de même nature à l'occasion de la commission des infractions des 14 et 15 septembre 2022 constatées par radar automatique, impliquant que le requérant a reçu l'information litigieuse à cette date, et qui sont suffisamment récentes au regard de celles en cause. L'administration doit dès lors être regardée comme établissant avoir délivré à M. B l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
11. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du relevé d'information intégral que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis pour les infractions susvisées. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions susvisées doit être écarté.
Sur le surplus des conclusions :
12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que, les conclusions aux fins d'annulation devant être rejetées, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais du procès.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
H. ALe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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