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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400061

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400061

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantESSOUMA AWONA BENJAMIN-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, M. E A, représenté par Me Essouma Awona, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de son renvoi et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer sans délai un titre de séjour, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* S'agissant des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été adoptées par une autorité incompétente ;

- elles souffrent d'une motivation insuffisante ;

- elles méconnaissent le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

* S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont irrégulières dès lors que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont elles-mêmes irrégulières ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 9 février 2024, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, né le 30 août 2000, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en janvier 2018. Par arrêté du 2 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans aux motifs que M. A a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 30 novembre 2021, dont la légalité a été confirmée par jugement du 4 octobre 2022 et arrêt du 28 septembre 2023, à laquelle il n'a pas déféré, qu'il n'a effectué aucune démarche en vue de sa régularisation, qu'il a été interpelé et placé en garde à vue le 29 août 2022 pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, que, sans charge de famille, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne dispose pas de ressources légales ni d'une insertion professionnelle, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qu'il a indiqué ne pas souhaiter retourner dans son pays d'origine, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne justifie pas de considération humanitaire et que rien ne s'oppose à ce qu'il soit obligé de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre un refus de titre de séjour :

3. L'arrêté en litige n'a, contrairement à ce que soutient M. A, pas pour objet ou pour effet de refuser le séjour au requérant de sorte que les conclusions dirigées contre le refus de séjour qui aurait été adopté ne peuvent qu'être écartées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, Mme D B qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 18 décembre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée manque en fait.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision, prise après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

6. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou prononçant une interdiction de séjour, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par l'intéressé, que M. A, qui a déjà fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, a été entendu par les services de police le 2 janvier 2024 sur sa situation personnelle notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France ainsi que ses conditions d'hébergement. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. A, qui serait entré sur le territoire français en janvier 2018, soutient que ses attaches familiales se situent en France. Si l'intéressé soutient être en concubinage avec une ressortissante française depuis le mois de mars 2023, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment de l'audition du 2 janvier 2024, qu'il n'a pas fait état de cette relation, a déclaré comme adresse celle d'une structure associative et a indiqué résider chez un ami. Par ailleurs, sans enfant, il n'est entré en France qu'à l'âge de dix-sept ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où il ne soutient pas être isolé. S'il indique s'occuper particulièrement de l'enfant de sa concubine, il n'en justifie pas. En outre, sans emploi, il ne justifie pas être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française alors, au contraire, qu'il a été placé en garde à vue le 29 août 2022 pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 2 janvier 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée, qui n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A, ne méconnaît pas non plus les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi et celle portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 8.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Benjamin-Marie Essouma Awona et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. C

Le greffier,

signé

N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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