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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400065

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400065

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, un mémoire enregistré le 1er mars 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 4 mars 2024, M. A C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle a été prise par une autorité incompétente ;

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

o elle a été prise en méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

o elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle a été prise par une autorité incompétente ;

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

o elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

o elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle a été prise par une autorité incompétente ;

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

o elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Labelle, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris M. D B qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature du préfet du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2023-009 du même jour. Dès lors, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte manquent en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et indique, notamment, la nationalité algérienne de M. C, son entrée irrégulière, la mesure de transfert prise à son encontre en juin 2021, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise en septembre 2023, sa situation personnelle et familiale en France, son mariage avec une compatriote, l'enfant née de cette union et la circonstance qu'il n'établit pas encourir des traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté contesté est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, M. C, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, le préfet était susceptible de l'obliger à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Il pouvait faire valoir toutes les observations qu'il souhaitait dans sa demande de titre de séjour et pendant le temps de l'instruction de celle-ci. Il a en outre été auditionné par les services de police le 28 septembre 2023 sur la perspective de son éloignement. Les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu doivent donc être écartés.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué aurait été pris sans que fût effectué, au préalable, un examen approfondi de la situation personnelle et familiale de M. C.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France irrégulièrement en 2021 et s'y est maintenu malgré la mesure de transfert en Espagne prise en septembre 2021. Il n'établit aucune insertion professionnelle et la promesse d'embauche qu'il produit a été faite sous réserve de l'obtention d'une autorisation de travail. S'il se prévaut de la nationalité française de l'enfant que son épouse a eu d'une précédente relation, il n'apporte aucune preuve des liens que cet enfant, né en mars 2021, entretiendrait avec son père de nationalité française. Il s'est récemment marié, en mai 2023, avec une compatriote en situation régulière dont il a eu une enfant en juin 2023. M. C relève donc de la procédure d'introduction au titre du regroupement familial et son éloignement de sa famille serait limité à la durée de l'instruction d'une demande d'autorisation. Le requérant n'est pas dépourvu de toute attache en Algérie où il a vécu au-moins jusqu'à l'âge de 26 ans et où réside au moins sa mère. Par suite, en ayant refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour et en l'ayant obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, eu égard aux buts poursuivis et en dépit de ses attaches familiales en France, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant mineur et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

7. En sixième lieu, il résulte des points 2 à 6 que les décisions ayant refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour et l'ayant obligé à quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Les moyens tirés du défaut de base légale des décisions portant, respectivement, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent donc être écartés.

8. En dernier lieu, si M. C avait demandé l'asile lors de son arrivée sur le territoire français en 2021, il n'a pas regagné l'Espagne, Etat responsable de l'examen de cette demande de protection internationale. Il ne conteste pas que sa demande de titre de séjour d'octobre 2023 n'était pas présentée au titre de l'asile, fondement auquel il doit dès lors être regardé comme ayant renoncé. L'intéressé n'établit, ni même sérieusement n'allègue, encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants, dont il ne précise au demeurant pas la nature, en cas de retour en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

signé

H. JEANMOUGIN Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2400065

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