jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 mars suivant, M. A B, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État, représenté par le préfet, et au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;
- la décision portant fixation du délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;
- les décisions litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation au regard de ses attaches personnelles et familiales ainsi que de son insertion dans la société française.
- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant l'existence d'un autre motif de régularisation, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose d'une promesse d'embauche ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est infondée et disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Niakate substituant Me Boyle, représentant M. B.
Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais (République Démocratique du Congo) né le 20 janvier 1960 est entré en France, le 21 mai 2015, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA, le 22 juillet 2016. Il a bénéficié, par la suite, d'un titre de séjour " étranger malade ", valable du 21 août 2018 au 21 mai 2019. Le préfet de l'Eure a ultérieurement refusé de renouveler ce titre et l'a obligé à quitter le territoire français, obligation à laquelle le requérant ne s'est pas conformé, malgré la confirmation de sa légalité, par un arrêt en date du 31 mars 2021 de la Cour administrative d'appel de Douai. Le 8 novembre 2023, il a sollicité du préfet de l'Eure son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté litigieux du 8 décembre 2023, le préfet a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle au requérant..
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2022-28 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Eure le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, à l'effet de signer, notamment, les décisions en litiges. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les article 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de l'Eure a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y mentionne, notamment, sa situation administrative ainsi que sa vie privée et familiale. L'arrêté indique que M. B n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2019 de sorte qu'il y a lieu de tenir pour établi le risque de fuite et, subséquemment, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire. L'arrêté mentionne que le requérant n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, l'arrêté indique, au visa des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en l'absence d'octroi de délai de départ volontaire et compte tenu de ce que l'intéressé ne s'est pas conformé à une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas de liens privés et familiaux en France d'une particulière intensité mais ne représente pas une menace pour l'ordre public il y a lieu de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses, doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. B fait valoir que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois, l'intéressé, célibataire et dépourvu de charge de famille sur le territoire, se borne à produire des attestations faisant état de ce qu'il a effectué des activités bénévoles au profit de trois associations, en 2021 et 2022. Ainsi, alors qu'il n'est pas contesté, par ailleurs, que sa femme et ses enfants vivent toujours en République Démocratique du Congo, le requérant ne démontre pas qu'il a fixé en France, le centre de sa vie privée et familiale. M. B ne fait état d'aucun élément de nature à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Eure aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ou sur ses conditions d'existence et d'insertion dans la société française.
6. En quatrième lieu, M. B ne s'étant pas conformé à une précédente mesure d'éloignement édictée en 2019, le préfet de l'Eure était fondé, sans entacher sa décision d'erreur de droit, en application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à tenir le risque de fuite pour établi et à lui refuser, pour ce motif, l'octroi d'un délai de départ volontaire.
7. En dernier lieu, M. B, qui est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en France, ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. En outre, ainsi qu'il a été dit, l'intéressé ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2019, malgré le rejet de sa requête par la Cour administrative d'appel de Douai, le 31 mars 2021. Dans ces conditions, et quoiqu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, édictée par le préfet de l'Eure, ne présente pas de caractère disproportionné.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de l'Eure. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400172
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026