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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400179

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400179

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 21 février 2024, M. C B, représenté par Me Boyle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État, représenté par le préfet, et au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

- sont insuffisamment motivées ;

- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;

- la décision portant fixation du délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation au regard de ses attaches personnelles et familiales ainsi que de son insertion dans la société française ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant l'existence d'un autre motif de régularisation, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.

Par une ordonnance en date du 9 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2024, à 12 heures.

Un mémoire, présenté pour le requérant le 20 mars 2024, a été enregistré mais n'a pas été communiqué.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Niakate substituant Me Boyle, représentant M. B.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Né en 1986, M. B, ressortissant béninois est entré en France, en 2015, muni d'un visa de long-séjour " étudiant ". Il a bénéficié, par la suite, de titres de séjour " étudiant ", puis " travailleur temporaire " jusqu'en novembre 2019. Le 17 mars 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour. Le 6 octobre 2021, M. B a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la CNDA, le 16 novembre 2022. Le 9 octobre 2023, il a sollicité du préfet de l'Eure son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté litigieux du 22 décembre 2023, notifié le 15 janvier 2024, le préfet a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision du 10 avril 2024 susvisée. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 22 décembre 2023 a été signé par le préfet de l'Eure, M. A, nommé par décret du 20 juillet 2022 du Président de la République, à compter du 23 août 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque donc en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qui le composent, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter les décisions en litige.

6. En quatrième lieu, M. B fait valoir que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ainsi qu'à son insertion professionnelle. Toutefois, d'une part, l'intéressé, célibataire et dépourvu de charge de famille sur le territoire, se borne à produire des attestations faisant état de ce qu'il a effectué, une fois par semaine, des activités bénévoles au profit du Secours Populaire, à Marseille, entre le 20 octobre 2020 et le 15 décembre 2021 et de ce qu'il a travaillé en qualité d'assistant de laboratoire de décembre 2019 à juillet 2020, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée. Il n'est pas contesté, en outre, que M. B s'est vu opposer, par le préfet des Bouches-du-Rhône, un refus de séjour assorti d'une invitation à quitter le territoire français, le 17 mars 2020. Au regard de ces éléments, le préfet de l'Eure ne s'est ainsi pas mépris en retenant que M. B ne justifiait pas avoir fixé en France, le centre de sa vie privée et familiale. D'autre part, la circonstance que M. B est inscrit, au titre de l'année universitaire 2023-2024 en première année de Master " Ingénierie de la Santé, Ingénierie Qualité des Bio-produits " auprès de l'antenne d'Evreux de l'université de Rouen, ne caractérise pas l'existence d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Eure aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ou sur ses conditions d'existence et d'insertion dans la société française

7. En dernier lieu, alors que l'existence même de ces mesures est contestée, le préfet de l'Eure n'établit pas que le requérant a fait l'objet de deux mesures d'éloignement du préfet des Bouches-du-Rhône, le 17 mars 2020 et le 9 octobre 2023 auxquelles il n'aurait pas déféré. Dans ces conditions, le risque de soustraction à la mesure d'éloignement, dont se prévaut l'administration, ne peut être tenu pour établi. Il s'ensuit que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B doit être annulée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur l'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1 () et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

10. En application de ces dispositions, il appartient seulement au préfet compétent de fixer à M. B, s'il entend poursuivre son éloignement, un délai de départ volontaire, qui courra à compter de sa notification. Toutefois, cette fixation ne présente pas le caractère d'une mesure d'injonction nécessairement impliquée par le jugement au sens des articles L. 911-1 à L. 911-3 du code de justice administrative, de sorte que les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même des conclusions tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, qui n'est pas nécessairement impliquée par le jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme à M. B au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions formées par M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Eure est annulé en tant qu'il refuse d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.

Article 3 : En application des dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. B qu'il lui appartiendra de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera éventuellement fixé par l'autorité administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400179

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