vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400191 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Verilhac, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la même date, en toute hypothèse, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- et les observations de Me Leprince, substituant Me Verilhac, représentant Mme A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 22 avril 2000, est entrée en France le 4 septembre 2018, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valant titre de séjour, renouvelé jusqu'au 1er novembre 2022 et dont elle a sollicité le renouvellement le 11 octobre 2022. Par un arrêté du 23 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2400182-2400192 du 22 janvier 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a rejeté, comme irrecevables, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Il en a été de même, pour le surplus des conclusions à fin d'annulation du recours de Mme A contre l'arrêté précité, par une ordonnance n° 2400192 du 8 février 2024 de la présidente de la 4ème chambre du tribunal administratif de Rouen. Le 7 juin 2023, Mme A avait auparavant sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 9 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande.
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont elle fait application et relève que Mme A ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Elle fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois en France et dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait porté à la connaissance du préfet, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, avoir exercé une activité professionnelle en parallèle de ses études et avoir rencontré des problèmes de santé pendant cette période. Il en ressort par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, après cinq ans d'études en France, Mme A n'a obtenu aucun diplôme. Après un échec au terme de la première année commune aux études de santé, pendant l'année universitaire 2018-2019, elle s'est inscrite en première, puis en deuxième année de licence de chimie les deux années universitaires suivantes 2019-2020 et 2020-2021. L'intéressée n'a toutefois été admise à s'inscrire en troisième année qu'à compter de l'année universitaire 2023-2024, après deux redoublements. Pour justifier de ses difficultés dans son parcours universitaire, Mme A verse à l'instance une attestation d'un psychologue, rattaché au service universitaire de médecine préventive, certifiant qu'elle souffre de crises d'angoisse ainsi que de troubles du sommeil et de l'attention ayant justifié un suivi psychologique d'octobre 2019 à février 2020, puis de septembre 2020 à avril 2021 et enfin de septembre 2022 à février 2023 et ayant altéré ses performances académiques. Ce certificat ne permet cependant pas de démontrer la permanence de ses difficultés, alors en outre qu'elle ne démontre avoir bénéficié d'un suivi psychiatrique, assuré par le service précité, qu'à compter du mois de septembre 2022, soit postérieurement à ses deux échecs successifs, et s'être vue prescrit, par la seule ordonnance produite du 11 janvier 2024, un traitement par antidépresseur qu'après l'arrêté attaqué. Les troubles évoqués n'ont de surcroît pas fait obstacle à ce que, pour partie sur cette période, elle puisse exercer une activité professionnelle en qualité de caissière à hauteur de 10,5 heures hebdomadaires, à compter du 18 septembre 2021. Par ailleurs, Mme A ne fait état d'aucun obstacle à un retour dans son pays d'origine, où elle n'est pas dépourvue de liens, le temps de l'instruction de la demande du visa de long séjour requis pour la poursuite de ses études. Enfin, l'intéressée ne peut utilement soutenir qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur ce motif pour prendre la décision attaquée. Dans ces conditions et alors au demeurant que Mme A, qui n'est scolarisée sans interruption en France que depuis l'âge de dix-huit ans, ne fait état d'aucune nécessité particulière liée au déroulement de ses études, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par suite, en dépit de son entrée régulière et de sa légère progression dans ses études, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet de ne pas avoir exercé son pouvoir discrétionnaire permettant la régularisation de sa situation au vu de ces dernières dispositions.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si Mme A est présente en France, toutefois pour ses études, depuis environ six ans, elle n'y justifie d'aucune attache familiale ou personnelle alors que sa famille réside encore en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
8. En cinquième lieu, Mme A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait sollicité un titre de séjour sur ce fondement, ni que le préfet ait examiné sa situation au regard de ces dispositions. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Verilhac et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLe greffier,
Signé : J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
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