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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400194

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400194

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 janvier et 28 février 2024, Mme D C, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions ont été prise par un signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les observations de Me Niakaté, avocate de Mme C.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 6 juin 2024 postérieurement à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme D C, ressortissante de la République démocratique du Congo, née en 1982, est entrée en France selon ses déclarations le 20 août 2014. Sa demande d'asile a été rejetée mais elle a obtenu un titre de séjour en qualité d'étranger malade, qui a été renouvelé une fois. Elle a sollicité le 10 décembre 2018 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 21 juin 2019, le préfet de l'Eure a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Cet arrêté n'a été annulé qu'en ce qu'il procédait à la retenue de son passeport par un jugement du 8 novembre 2019 du tribunal de céans, et l'appel de Mme C a été rejeté par une ordonnance du 4 août 2020 du président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Douai.

2. Par un courrier du 20 novembre 2023 reçu le 23 novembre suivant, Mme C a à nouveau sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire, en qualité de salariée, en se prévalant de l'exercice d'une activité professionnelle. Par un arrêté du 22 décembre 2023 dont Mme C demande à titre principal l'annulation, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

3. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 avril 2024, ses conclusions aux fins d'être admise provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu pour le tribunal d'y statuer.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles R. 431-3 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative compétente pour statuer sur les demandes de titre de séjour et édicter, le cas échéant, la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département.

5. L'arrêté attaqué a été signé par M. B A, nommé préfet de l'Eure à compter du 23 août 2022 par un décret du 20 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, tant la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire que celle fixant le pays de renvoi comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

9. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande, Mme C a déclaré être célibataire et dépourvue de charges de famille sur le territoire français. Les décès allégués de son père et de l'une de ses sœurs ne sont pas établis et si sa mère et son frère résideraient au Canada, elle demeure isolée en France, où l'ancienneté de son séjour résulte pour partie au moins de ce qu'elle ne s'est pas conformée à une précédente obligation de quitter le territoire français et elle ne justifie pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu la majorité de son existence. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

10. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

11. Outre ce qui a été exposé au point 9 du présent jugement s'agissant de la vie familiale de Mme C, elle n'établit pas une intégration particulière en se bornant à produire une attestation d'hébergement. En ce qui concerne la carte de séjour temporaire délivrée au titre de l'exercice d'une activité salariée, si Mme C justifie être titulaire de plusieurs contrats à durée indéterminée à temps partiel au profit de plusieurs particuliers employeurs en qualité d'employée de maison, l'ancienneté de cette activité n'est pas documentée. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Eure n'a pas fait une appréciation manifestement erronée de la situation de Mme C en estimant que sa demande d'admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions et celles de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C aux fins d'être admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

Robin Mulot

La présidente,

signé

Anne Gaillard

Le greffier,

signé

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2400194

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