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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400204

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400204

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024 sous le n° 24002024, M. A C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant, et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.

II./ Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024 sous le n°2400205, Mme B C, représentée par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant, et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente ;

- et les observations de Me Elatrassi, représentant M. et Mme C.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 20 mars 1980 et Mme C, ressortissante algérienne née le 17 octobre 1984, sont entrés régulièrement sur le territoire français en 2015 muni de leur passeport revêtu d'un visa court séjour et s'y sont maintenus irrégulièrement après l'expiration de leur visa. Par arrêtés en date du 12 octobre 2017, le préfet de la Seine-Maritime a refusé leur admission au séjour, et a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire. Le 5 juin 2023, M. et Mme C ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêtés du 13 septembre 2023, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime leur a refusé la délivrance du titre sollicité, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de ces mesures d'éloignement et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour pour une durée de six mois.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2400204 et 2400205, qui tendent à l'annulation de décisions du même jour, ayant le même objet et visant des personnes d'une même famille, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

3. Par un arrêté n° 23-03 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions de refus de séjour et d'éloignement attaquées contenues dans les arrêtés du 13 septembre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés attaqués que, pour rejeter les demandes d'admission au séjour de M. et Mme C, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions de l'accord franco-algérien, notamment le 5° de l'article 6, et les articles 7 et 9, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les arrêtés exposent la situation personnelle et familiale des requérants, ils ajoutent que M. et Mme C ont déjà fait l'objet de précédentes obligations de quitter le territoire auxquelles ils n'ont pas déféré, qu'ils disposent de proposition d'embauche ne permettant pas de justifier de manière suffisante de leur intégration en France. Les arrêtés en litige énoncent ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions refusant un titre de séjour à M. et Mme C. Ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis les requérants à même d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Il ne ressort pas plus des pièces des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle des requérants. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses, ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de leur situation, ne peuvent qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. et Mme C soutiennent qu'ils sont entrés régulièrement sur le territoire français avec leur fils mineur en 2015, que leur deuxième enfant est né en France en 2016, que leur fils aîné qui est régulièrement scolarisé depuis leur arrivée justifie d'une bonne intégration scolaire et fait des activités périscolaires, qu'ils parlent couramment français, qu'ils présentent chacun une promesse d'embauche et que M. C a retrouvé en France ses parents et ses frères de nationalité française. Toutefois, M. et Mme C ont vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq et trente et un an en Algérie et aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la famille se reconstitue dans leur pays d'origine où vivent les parents de Mme C. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour des intéressés sur le territoire français, ainsi qu'à leur insertion professionnelle, le moyen tiré de ce que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ces décisions sur la situation personnelle des requérants, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

9. Ainsi qu'il a été exposé au point 4, eu égard à la situation irrégulière de M. et Mme C, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer les enfants des requérants de leurs deux parents. En outre, les requérants n'établissent ni même n'allèguent que leurs enfants mineurs, nés en 2010 et 2016, de nationalité algérienne, ne pourraient pas être scolarisés en Algérie. Dès lors, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées en tant que salarié, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à titre exceptionnel, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

11. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, les décisions portant refus d'admission au séjour, et refusant aux requérants une mesure de régularisation à titre discrétionnaire, ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance. ".

14. M. et Mme C soutiennent que le préfet aurait dû, préalablement à l'examen de leur demande, saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 432-13 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte des dispositions de cet article, applicable aux ressortissants algériens, que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées à cet article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. et Mme C ne remplissent pas les conditions prévues par les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de soumettre la situation de M. et Mme C à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure pourra donc être écarté.

15. En septième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, ne peut être accueilli.

16. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que les décisions de refus de titre de séjour sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

20. Le droit d'être entendu, relevant des droits de la défense, consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français comme la décision fixant le pays de destination découlent nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur celle fixant le pays de destination, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

21. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

22. M. et Mme C ont sollicité le 5 juin 2023 un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Si M. et Mme C n'ont pas été reçus personnellement en préfecture, ils ont été mis à même d'apporter à l'administration au cours de l'examen de leur demande, toutes précisions utiles sur leur situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le principe des droits de la défense aurait été méconnu doit être écarté.

23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. et Mme C.

24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale des intéressés et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

25. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les décisions litigieuses ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.

26. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour des intéressés sur le territoire français, ainsi qu'à leur situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle de M. et Mme C doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

27. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisent que les pays à destination desquels les intéressés sont susceptibles d'être éloignés sont ceux dont ils ont la nationalité ou tout autre pays dans lequel ils sont légalement admissibles à l'exception des Etats membres de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein de la Norvège et de la Suisse. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là, que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

28. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

29. M. et Mme C ne font valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité des risques qu'ils allèguent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

30. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale des intéressés et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

31. En dernier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tenant à l'illégalité des décisions fixant le pays de renvoi en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

32. En premier lieu, les décisions prononçant à l'encontre de M. et Mme C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, qui visent les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent notamment que les intéressés se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français après des précédentes mesures d'éloignement et qu'ils ne justifient pas disposer de ressources stables en France. Ainsi, ces décisions, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation des intéressés, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, sont suffisamment motivées.

33. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. et Mme C.

34. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

35. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C ont fait l'objet de précédentes mesures d'obligation de quitter le territoire français, confirmées par jugements du tribunal administratif de Rouen, et auxquelles ils n'ont pas déféré. S'ils sont présents sur le territoire avec leurs deux enfants, ils ne font état d'aucun élément permettant d'établir l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de son insertion sociale, ni d'une insertion professionnelle stable et durable. Par suite, compte tenu de la durée de six mois de l'interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-7, L. 612-10 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

36. En dernier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tenant à l'illégalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

37. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes de M. et Mme C aux fins d'annulation des arrêtés du 13 septembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C, à Me Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Armand, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien,

G. ARMAND

La présidente-rapporteure,

C. VAN MUYLDERLe greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2400205

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