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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400231

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400231

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantNJEM EYOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, Mme B E, représentée par Me Njem Eyoum, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Mme E soutient que les décisions :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, à titre principal, que la requête dépourvue de moyens et conclusions est irrecevable et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 24 janvier 2024, présenté son rapport et entendu les observations orales :

* de Me Njem Eyoum, avocat commis d'office représentant Mme E qui demande qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et qui soutient que :

- l'administration ne justifie pas de l'indisponibilité ou l'empêchement de la préfète ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elle ne dispose plus de liens dans son pays d'origine ;

- par exception d'illégalité l'ensemble des décisions doivent être annulées ;

- des circonstances humanitaires interdisent qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit adoptée à son encontre.

* De Mme E qui soutient que :

- elle vit avec sa grand-mère et son frère à Montreuil dans une caravane ;

- elle n'a plus de famille dans son pays d'origine.

*

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 14 heures 35, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

1. Mme E, ressortissante serbe, née le 14 mai 2003, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français en 2019. Par arrêté du 18 janvier 2024, la préfète de l'Oise a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a adopté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an aux motifs qu'elle a été condamnée le 30 novembre 2023 par le tribunal judiciaire de Beauvais à une peine de trois mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade d'un local d'habitation ou lieu d'entrepôt aggravé, qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français au-delà d'un délai de trois mois après son entrée en France, qu'elle n'a pas sollicité l'asile ni la délivrance d'un titre de séjour, qu'elle ne dispose pas d'un logement stable, qu'elle présente un risque de soustraction, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante, célibataire et sans charge de famille qui ne justifie pas de la nécessité de sa présence en France auprès des membres de sa famille dont elle y dispose, au respect de sa vie privée et familiale et que Mme E n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Mme E, qui se trouve en rétention administrative, demande l'annulation de cette décision.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. En premier lieu, M. D A qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, alors que, contrairement à ce que soutient Mme E, il appartient à la partie contestant la qualité du délégataire pour adopter les décisions pour lesquelles il a reçu délégation de démontrer que le préfet n'était ni absent ni empêché, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme E par la préfète de l'Oise, sont donc suffisamment motivées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Mme E, qui serait entrée sur le territoire français en 2019 soutient que les seuls membres de la famille avec lesquels elle entretient des liens sont en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire et sans enfant, n'est entrée en France qu'à l'âge de seize ans. S'il n'est pas sérieusement contesté qu'elle dispose d'une grand-mère et d'un frère en France, elle ne démontre pas entretenir des liens particuliers avec eux. Par ailleurs, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle est dépourvue d'attaches en Serbie ou justifiant qu'elle a constitué une vie familiale propre en France, ni qu'elle est particulièrement insérée socialement ou professionnellement dans la société française comme le montre, tout au contraire, sa récente condamnation par le tribunal judiciaire de Beauvais à une peine de trois mois d'emprisonnement. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que la décision en litige du 18 janvier 2024 de la préfète de l'Oise ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, Mme E ne justifie d'aucun motif humanitaire interdisant à la préfète de l'Oise d'adopter à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions d'annulation doivent être rejetées ainsi par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 24 janvier 2024 .

Le rapporteur,

Signé :

T. C

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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