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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400270

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400270

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2024 et le 1er avril 2024, M. A B, représenté par Me Raveendran, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer son admission au séjour dans le délai d'un mois, suivant la notification du jugement à intervenir ; dans les deux cas sous astreinte de 150 euros par jour de retard et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait à avoir opposer l'accord franco-tunisien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-2 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- et les observations de Me Raveendran, représentant M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 13 mai 1991, est entré sur le territoire français le 5 septembre 2018 par l'Espagne sous couvert d'un visa court séjour. Il a sollicité le 20 novembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France par l'Espagne le 5 septembre 2018 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités danoises, en omettant de réaliser la déclaration d'entrée, afin de rejoindre son frère, ressortissant français, atteint de problèmes de santé qui nécessitaient l'aide et l'accompagnement de M. B. M. B fait également état de la présence en France de ses oncles. Il résulte des bulletins de salaire produits par l'intéressé que celui-ci a travaillé à compter de 2018, tout d'abord dans le cadre d'un contrat à durée déterminée entre novembre 2018 et décembre 2019 en tant qu'employé polyvalent dans la restauration, puis en contrat à durée déterminée à compter de janvier 2020 à hauteur de 80 heures mensuelles. Il est constant que M. B s'est marié avec une ressortissante française le 27 mai 2023. Contrairement à ce que soutient le préfet, il ressort des pièces du dossier que le requérant et son épouse vivent en concubinage depuis décembre 2022 avant leur mariage et que cette communauté de vie s'est poursuivie depuis leur mariage. Au demeurant, l'épouse de M. B est enceinte à la date du présent jugement. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour et aux attaches de M. B en France, le préfet de la Seine-Maritime a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, qui se trouvent ainsi privées de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité ni obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé la délivrance du titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11juillet 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

Le premier conseiller faisant fonction de président,

G. Armand La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400270

ah

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