mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de ce jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, au profit de son conseil, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros, à son propre profit, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu à l'issue d'une délibération à distance qui méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 et que cet avis n'a pas été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été rendue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas recueilli l'avis de l'OFII quant à la compatibilité de son état de santé avec une mesure d'éloignement ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 20 décembre 2023 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 2 février 2024 fixant la clôture de l'instruction au 4 mars 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites pour M. B, enregistrées le 29 février 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Madeline, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République du Congo né le 29 mai 1991, est entré en France le 25 septembre 2017, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour, en qualité d'étudiant. Ce titre de séjour a été renouvelé et expirait en dernier lieu le 19 septembre 2019. Le 13 août 2020, sans avoir demandé le renouvellement de sa précédente carte de séjour temporaire, M. B a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour en qualité d'étudiant. Sa demande a été rejetée le 16 mars 2021 par l'autorité préfectorale, qui lui a également fait obligation de quitter le territoire français. Le 27 novembre 2022 M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé. Par l'arrêté attaqué du 4 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23, L. 611-1 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. S'agissant plus particulièrement de la décision fixant le pays de destination, il n'appartenait pas au préfet, contrairement à ce que soutient le requérant, d'indiquer en quoi sa vie ou sa liberté ne seraient pas menacées en cas de retour dans le pays dont il a nationalité, dès lors d'une part que ni l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'en constituent le fondement et, d'autre part, que les éléments dont il se prévaut quant aux risques pour sa vie liés à son état de santé font, par ailleurs, l'objet d'une analyse et d'une motivation particulière s'agissant du refus de titre de séjour. S'agissant, enfin, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté attaqué mentionne l'ancienneté du séjour de M. B, la nature et l'intensité de ses liens avec la France, la circonstance qu'il avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne représentait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
En ce qui concerne l'état de santé :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () " Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () " Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () " L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () " Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () " Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège "
4. En premier lieu, les dispositions citées au point précédent, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par conséquent, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au terme de laquelle a été rendu cet avis et, par voie de conséquence, la décision attaquée, est inopérant dans cette première branche.
5. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial, dès lors que ce texte général ne régit pas les délibérations du collège de médecins de l'OFII, seulement régies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime, à qui il n'incombait pas d'indiquer de manière exhaustive les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, a examiné cette situation, tant eu égard à l'état de santé de l'intéressé qu'à ses attaches familiales. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
7. En dernier lieu, le collège de médecins de l'OFII a considéré, dans son avis du 14 juin 2023 dont le préfet s'est approprié les conclusions, que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant est atteint depuis le mois d'octobre 2022 d'un diabète non insulino-dépendant et d'hypercholestérolémie, pathologies pour lesquelles il se voit prescrire de la metformine embonate (700 mg), de la sitagliptine (100 mg) et de l'atorvastatine (10 mg). S'il soutient que ces médicaments ne seraient pas disponibles, à ces dosages, dans son pays d'origine, il se borne à produire au soutien de ses allégations un unique document, intitulé " certificat de difficulté de prise en charge ", établi le 16 février 2024 par un diabétologue de l'hôpital général de Loandjili, qui indique que le Januvia, spécialité sous laquelle M. B se voit prescrire la sitagliptine, n'a pas encore obtenu d'autorisation de mise sur le marché en République du Congo et que, dans sa " ville de résidence habituelle ", il n'y a pas de diabétologue. Ce seul document n'est pas de nature à établir que le requérant ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors au demeurant qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est affirmé par l'intéressé, que la spécialité Januvia serait insubstituable ni qu'il n'existerait pas de médicament à base de sitagliptine dans son pays d'origine. Par suite, en ayant considéré que M. B ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.
En ce qui concerne la vie privée et familiale :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
9. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de la présence de sa fratrie et d'oncles et de tantes et de la relation qu'il entretient depuis plusieurs années avec une ressortissante camerounaise en situation régulière, dont est né un enfant le 25 novembre 2021. Cependant, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant est entré en France en septembre 2017 afin d'y poursuivre des études, qu'il n'a pas mené à leur terme et il n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant au-delà du 19 septembre 2019, avant de se voir opposer le 16 mars 2021 un refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, à l'exécution de laquelle il n'a pas pourvu. D'autre part, s'il soutient entretenir une relation avec sa compagne depuis la fin de l'année 2020, aucun élément du dossier n'est de nature à corroborer ses allégations, alors par ailleurs que des adresses différentes figurent sur l'acte de naissance de leur enfant, et que sa compagne déclare vivre en concubinage avec M. B depuis le 23 novembre 2022 et que les autres pièces produites ne permettent d'établir cette vie commune qu'à compter de la fin de l'année 2022. L'intéressé se prévaut, outre la présence de l'enfant né de sa relation avec sa compagne, dont il ne peut être regardé comme participant à l'éducation et l'entretien qu'à partir de la fin de l'année 2022, de la circonstance que cette dernière est également mère d'un enfant né d'une autre union le 14 juin 2019. Cependant, si le requérant se prévaut de la relation qu'il entretient avec cet enfant, il n'apporte aucune précision, tant quant à la nationalité de celui-ci que quant à la relation que l'enfant entretiendrait avec son père biologique. En outre, l'intéressé ne fait état d'aucun élément relatif à l'exercice d'une activité professionnelle par sa compagne, ni n'établit ni même n'allègue qu'elle ne serait pas admissible au séjour dans le pays dont il est originaire ou qu'il ne serait pas lui-même admissible au Cameroun. Ainsi, M. B ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa cellule familiale, au demeurant constituée en France alors qu'il faisait déjà l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, se reforme dans l'un des pays dont lui-même et sa compagne sont originaires. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par cette décision, ni n'a méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de l'enfant de M. B et de celui de sa compagne une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
10. En second lieu, en se bornant à renvoyer au reste de ses écritures et en affirmant que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
12. En deuxième lieu, dès lors qu'au terme de son avis du 14 juin 2023 le collège de médecins de l'OFII s'est prononcé sur la compatibilité de l'état de santé de M. B avec une mesure d'éloignement, le moyen tiré du vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir recueilli l'avis de ce collège sur cette question, manque en fait.
13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.
15. En dernier lieu, en se bornant à renvoyer au reste de ses écritures et en affirmant que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur le pays de destination :
16. En premier lieu, dès lors que la décision portant refus de titre de séjour ne constitue pas la base légale de la décision fixant le pays de destination, qui n'a pas non plus été prise pour son application, le moyen, dirigé contre cette seconde décision, tiré de l'illégalité, par exception, de la première, est inopérant.
17. En deuxième lieu, en se bornant à renvoyer au reste de ses écritures et en affirmant que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision fixant le pays de destination d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, le requérant n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, motif pris que le requérant serait exposés à des risques pour sa vie ou de subir des traitements inhumains ou dégradants, eu égard à son état de santé, en cas de retour dans son pays d'origine, doivent être écartés.
19. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indistinctement d'ailleurs de la méconnaissance alléguée des stipulations des articles 2 et 3 de cette convention, le requérant n'assortit pas ce moyen, relatif aux conséquences qu'aurait la décision fixant le pays de renvoi sur son droit au respect de sa vie privée et familiale, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, il résulte des points 11 à 15 que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
21. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
22. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, M. B n'assortit ce moyen, qu'il présente comme distinct de ceux tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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