mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, Mme D C, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de quinze jours à compter de ce jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, au profit de son conseil, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros, à son propre profit, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 20 décembre 2023 par laquelle Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 2 février 2024 fixant la clôture de l'instruction au 4 mars 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites pour Mme C, enregistrées le 26 janvier 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Madeline, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante béninoise née le 27 juillet 1990, est entrée en France le 28 juillet 2018, munie d'un visa de court séjour. Le 21 avril 2022, elle a sollicité le bénéfice de la protection internationale, qui lui a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 21 juin 2022. Le recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 9 janvier 2023. Le 3 mai 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 9 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à Mme C. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, d'une part, si l'autorité préfectorale se méprend, au terme de l'arrêté litigieux, sur l'ancienneté de la vie commune de Mme C et de son compagnon, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher la décision portant refus de titre de séjour d'une erreur de fait. D'autre part, si Mme C soutient que le préfet se serait également mépris sur la nationalité du fils de son compagnon avec une ressortissante ivoirienne, elle n'apporte aucune justification de la nationalité de celui-ci susceptible d'établir la réalité de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, pris en toutes ses branches, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de son enfant et de celui de son compagnon, Mme C n'assortit pas le moyen tiré du défaut d'examen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () "
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a rejoint en France M. B, compatriote, avec qui elle entretenait une relation dans leur pays d'origine depuis à tout le moins l'année 2014. Ils peuvent être regardés comme entretenant une vie commune depuis le début de l'année 2019 au cours de laquelle est née leur fille E. M. B, qui déclare être entré en France en novembre 2016, s'est vu délivrer un titre de séjour à la suite de l'annulation du refus opposé par l'autorité préfectorale par le jugement du tribunal n° 2200272 du 14 juin 2022 et du rejet de l'appel interjeté contre ce jugement par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai n° 22DA01509 du 16 février 2023. Ces juridictions ont considéré que le refus de titre de séjour opposé à M. B portait atteinte à l'intérêt supérieur de son fils A, né le 11 janvier 2017 de sa relation avec une ressortissante ivoirienne. L'intéressé a obtenu la reconnaissance de la paternité de cet enfant par un jugement du tribunal de grande instance de Rouen du 30 juillet 2019 et justifiait de sa participation à son entretien et à son éducation, en dépit de la circonstance que celui-ci résidait avec sa mère dans le département du Val-de-Marne. Mme C se prévaut de cette situation et soutient que la cellule familiale qu'elle forme avec M. B, l'enfant de ce dernier et leur fille née en 2019, ne pourrait pas se reformer au Bénin. Cependant, Mme C et M. B sont également parents d'un enfant né au Bénin le 22 mai 2014 et qui, selon les déclarations de l'intéressée, est demeuré dans ce pays avec sa grand-mère après son départ. De plus, si la requérante se prévaut du lien qu'entretiendrait M. B avec son fils A, elle se borne à faire état d'éléments anciens, relatifs au refus de titre de séjour opposé à monsieur le 21 septembre 2021 et ne produit aucun élément actualisé quant à sa participation à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, à l'exception de quelques photographies. Enfin, Mme C ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français et l'insertion professionnelle de M. B demeurait récente à la date de la décision litigieuse. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni n'a méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de tous les enfants sans exclusive de Mme C et de M. B une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, dès lors que Mme C n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer un titre de séjour en application de ces dispositions, le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant.
8. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, Mme C n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, les moyens tirés du défaut d'examen, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.
11. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et à renvoyer à ses précédentes écritures, Mme C n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur le pays de destination :
12. En premier lieu, Mme C n'est ne peut utilement, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, qui n'en constituent pas le fondement et pour l'exécution de laquelle elle n'a pas été prise.
13. En second lieu, en se bornant à renvoyer au reste de ses écritures, sans faire état d'aucune argument particulier relatif à la décision fixant le pays de destination, Mme C n'assortit pas le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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