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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400294

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400294

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 19 janvier 2024 et le 27 mars 2024, Mme A B, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 7 février 2024, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de huit jours à compter de ce jugement, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'exception de non-lieu opposée en défense :

- l'arrêté du 7 février 2024 s'est substitué à celui du 9 octobre 2023 et il y a en tout état de cause lieu de regarder ses conclusions dirigées contre les décisions contenues dans ce premier arrêté comme étant également dirigées contre le second qui, hormis la correction d'une erreur matérielle, est parfaitement identique ;

- subsidiairement, l'arrêté du 7 février 2024 étant purement confirmatif de celui du 9 octobre 2023, ne lui faisant pas grief et donc insusceptible de recours, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 9 octobre 2023 ne sont pas dépourvues d'objet ;

- considérer qu'il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 9 octobre 2023 porterait atteinte à son droit au recours effectif, protégé par l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme B.

Le préfet soutient que la requête de Mme B, dirigée contre l'arrêté du 9 octobre 2023, est devenue sans objet dès lors que cet arrêté a été abrogé par un arrêté du 7 février 2024.

Par un courrier du 29 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions du mémoire en réplique enregistré le 27 mars 2024, dirigées contre les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, contenues dans l'arrêté du 7 février 2024 dès lors que ces conclusions sont tardives.

Par un mémoire du 29 mars 2024, Mme B a présenté ses observations sur ce moyen.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 20 décembre 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Madeline, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née le 10 mars 2003, déclare être entrée en France le 14 avril 2019, accompagnée de sa mère et de sa fratrie, afin de solliciter l'asile. Leur demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 24 juin 2021 et les recours contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 décembre 2021. Le 14 février 2022, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le premier arrêté attaqué du 9 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un second arrêté du 7 février 2024, également attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a, d'une part, abrogé son arrêté du 9 octobre 2023 et, d'autre part, repris les mêmes décisions à l'encontre de Mme B.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Les arrêtés attaqués visent, notamment, les dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à Mme B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance ou du défaut de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur les refus de séjour :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des arrêtés attaqués que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas exclu la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ce qu'il indique d'ailleurs expressément. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

5. Mme B est entrée en France à l'âge de seize ans, accompagnée de son frère et de sa sœur mineurs, nés respectivement en 2009 et 2011 et sa mère a donné naissance à un quatrième enfant sur le territoire national le 5 août 2019. Les demandes d'asile présentées par Mme B et sa mère ont été rejetées par l'OFPRA, dont les décisions n'ont pas été remises en cause par la CNDA. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de la mère de la requérante, fondée notamment sur un motif médical et l'a obligée à quitter le territoire français. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par le jugement du tribunal n° 2203408 du 21 février 2023. Mme B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de son jeune âge lors de son arrivée ainsi que de son insertion scolaire et universitaire, par l'obtention du baccalauréat avec la mention " bien " en " section européenne anglais " en juillet 2023 et la poursuite d'études supérieures, à la date de la décision litigieuse, en 1ère année de licence " LLCER Anglais ". Cependant, eu égard à la situation irrégulière de sa mère, à la minorité de ses frères et de sa sœur et en l'absence d'éléments de nature à établir la réalité des risques dont la famille se prévaut en cas de retour en Angola, que les organismes chargés de l'asile n'ont pas regardé comme établis, il n'existe pas d'obstacle à ce que la cellule familiale de Mme B se reforme dans son pays d'origine, ni à ce qu'elle y poursuive ses études supérieures ni, si elle s'y croit fondée, à ce qu'elle sollicite la délivrance d'un visa de long séjour afin de reprendre ces études en France. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par ailleurs, les éléments dont se prévaut Mme B ne caractérisent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du même code et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

7. Si Mme B soutient que le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle se borne en réalité à arguer, au soutien de ce moyen, qu'elle remplirait les critères de régularisation exceptionnelle fixés par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dont elle ne saurait utilement se prévaloir. En tout état de cause, elle ne conteste pas qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour et que son entrée sur le territoire était irrégulière. Le préfet de la Seine-Maritime était par suite fondé à refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les obligations de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, en se bornant à affirmer que le préfet ne pouvait ignorer les craintes dont elle se prévalait en cas de retour en Angola, Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir ou à tout le moins à faire présumer la réalité de ses allégations à cet égard. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la fixation du pays de destination sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu opposée en défense ni la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions contenues dans l'arrêté du 7 février 2024, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ni des décisions ayant le même objet et contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 7 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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