jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | DANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier et 11 avril 2024, M. B A, représenté par Me Souty, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3) à titre subsidiaire, de saisir avant-dire-droit " pour avis " la juridiction judiciaire à propos de son état civil ;
4) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, de le munir sous dix jours d'une autorisation provisoire de séjour et d'effacer sa fiche FPR sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5) de mettre à la charge de l'Etat le versement, d'une part, à son conseil de la somme de 1 600 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et d'autre part de la même somme à son profit.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la police aux frontières n'est pas compétente pour analyser les documents d'état civil ;
- il a été pris sans un examen de sa situation particulière ;
- l'arrêté attaqué méconnait les articles L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ;
- il repose sur des faits erronés en ce qui concerne notamment la fausse convocation alléguée ;
- il méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnait l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une intervention, enregistrée le 30 janvier 2024, la SAS Etablissements Fourment, représentée par Me Dantier, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. A.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à former une intervention ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur son activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- les observations de Me Souty, avocat de M. A ;
- et les observations de Me Dantier, avocate de la SAS Etablissements Fourment.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui se présente comme M. B A, ressortissant guinéen né en 2003, est entré en France en 2018 selon ses déclarations et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. A sa majorité alléguée, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 10 avril 2024, la présidente de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre se sont trouvées, postérieurement à leur introduction, privées d'objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté ".
4. Par une requête enregistrée le 28 janvier 2024 sous le numéro 2400354, M. A a demandé au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 décembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire. Par une ordonnance du 20 février 2024 notifiée le 22 février suivant, le juge des référés a rejeté cette demande au motif qu'aucun des moyens soulevés devant lui n'était propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Le courrier de notification de cette ordonnance rappelle à M. A l'obligation qui était la sienne de confirmer le maintien de sa requête au fond dans un délai d'un mois, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un pourvoi en cassation ait été exercé à l'encontre de l'ordonnance du juge des référés.
5. Il résulte de ce qui précède que le délai d'un mois dont disposait M. A pour confirmer sa requête à fin d'annulation était expiré lorsque le 28 mars 2024, son conseil a produit un courrier informant le tribunal du maintien des conclusions. Ainsi, le tribunal ne peut que donner acte du désistement d'office des conclusions de M. A dirigées contre la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
6. Dans cette seule mesure, il n'y a plus lieu de statuer sur l'intervention de la SAS Etablissements Fourments, qui se trouve privée d'objet.
7. En revanche, le tribunal reste saisi des conclusions de M. A dirigées contre les autres décisions contenues dans l'arrêté et de l'intervention formée au soutien de celles-ci, ces décisions n'ayant pas fait l'objet d'une demande de suspension de leur exécution devant le juge des référés.
Sur le surplus de l'intervention de la SAS Etablissements Fourments :
8. La SAS Etablissements Fourments a intérêt à l'annulation des décisions restant en litige. Ainsi son intervention est recevable.
Sur les conclusions M. A dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français sous trente jours et la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure, de la méconnaissance des articles 47 du code civil et L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des erreurs de fait, et de la méconnaissance des articles L. 423-22, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne se rapportent qu'à la légalité de la décision de refus de séjour et sont inopérants à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi.
12. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté et des éléments préparatoires à celui-ci qu'il a été pris au terme d'un examen particulier de la situation de M. A.
13. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie d'une ancienneté de séjour de six années environ et d'une bonne intégration scolaire, sociale et professionnelle. Toutefois, il est célibataire et sans charges de famille, la seule attestation peu circonstanciée d'une compatriote titulaire d'une carte de résident ne justifiant pas d'une relation stable, et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporterait sur la situation personnelle du requérant ou, en tout état de cause, sur l'activité de son employeur.
15. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire (). / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ". Ces dispositions ont été transposées en droit interne à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008. Dans ces conditions, la fixation à trente jours du délai de départ volontaire accordé à un étranger n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de cette obligation, dès lors notamment qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait expressément demandé au préfet à bénéficier d'une prolongation de ce délai.
16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait fait état devant le préfet de la Seine-Maritime lors du dépôt de sa demande de délivrance de titre de séjour ou, à tout le moins, avant l'édiction de l'arrêté litigieux, de circonstances particulières propres à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, qui lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français, serait entachée d'un défaut d'examen de circonstances particulières impliquant une prolongation du délai de départ volontaire ou que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions et celles de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'office des conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire. Dans cette seule mesure, il n'y a pas lieu de statuer sur l'intervention de la SAS Etablissements Fourment.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus de l'intervention de la SAS Etablissements Fourment est admis.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au requérant se disant M. B A, à la SAS Etablissements Fourment, à Me Souty et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Robin Mulot
La présidente,
Anne Gaillard
Le greffier,
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400350
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026