mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. A B, retenu au centre de rétention d'Oissel, représenté par Me Barhoum, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, refusant l'octroi d'un délai de départ et fixant une interdiction de retour sur le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,
- les observations de Me Barhoum, avocate commise d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que :
o la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration compte tenu de l'état de santé physique et psychiatrique de M. B ;
o la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est présent en France depuis 2017 ;
o la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se cumule avec les précédentes interdictions de retour sur le territoire français dont M. B a fait l'objet et dépasse ainsi le délai de 5 ans maximum prévu par les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de M. B, assisté par Mme C, interprète en langue arabe.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 3 janvier 1995, déclare être entré sur le territoire français en 2017. Le 2 février 2024, l'intéressé a été interpellé. Par un arrêté du 3 février 2024, dont M. B, retenu au centre de rétention d'Oissel, demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
2. Par un arrêté du 2 février 2024 régulièrement publié le même jour au recueil n°017 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature à M. Pascal Otheguy, secrétaire général de la préfecture de la Loire-Atlantique aux fins de signer notamment toute décision portant obligation de quitter le territoire français, d'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. L'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions des articles L. 611-1, L. 612-6 à L. 612-11 et L.613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'apparaît pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions litigieuses, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.
4. Si M. B soutient que le préfet aurait dû saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration compte tenu de son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. B, qui affirme souffrir de " problème à la tête ", aurait été porté à la connaissance du préfet, ni même que la réalité et la gravité de ces affections justifieraient la saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, compte tenu des éléments portés à la connaissance du préfet à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché la décision attaquée d'un vice de procédure en n'ayant pas saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () " :
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré en 2019, 2022 et 2023. En outre, il a été condamné pénalement par la Cour d'appel de Rennes, et le Tribunal correctionnel de Nantes en 2020, 2022 et 2023 pour des faits de vol avec récidives, et d'infraction à une interdiction de séjour sur le territoire français. Enfin, M. B est célibataire et sans enfant et n'a pas de domicile fixe en France. Dans ces conditions, nonobstant le fait que M. B soit présent sur le territoire français depuis 2017, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, par arrêtés du préfet de la Loire-Atlantique d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an le 4 octobre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans le 28 juin 2022, ainsi que d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans le 1er août 2023. Par l'arrêté attaqué du 4 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a à nouveau prononcé à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
8. S'agissant des conclusions et moyens formés par M. B à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il y a lieu de faire application du principe dont s'inspirent les dispositions de l'article R. 222-19 du code de justice administrative et de renvoyer l'affaire, sur ce point restant à juger seulement, à une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions accessoires :
9. Le présent jugement, à supposer même que la formation collégiale qui sera saisie soit conduite à annuler l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, n'appelle pas qu'il soit délivré au requérant une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions présentées à titre doivent être rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions et moyens de M. B dirigés contre la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français sont renvoyés à une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Lu en audience publique le 7 février 2024.
La magistrate désignée,
B. ESNOL
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400434
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026