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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400530

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400530

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantCHOUKI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme B... contestant la décision du 21 décembre 2023 affectant son fils en classe de 3e au collège « La Belle Étoile ». La juridiction a écarté les moyens d’incompétence, de défaut de motivation et d’irrégularité de la procédure, en se fondant sur les articles D. 331-34 et D. 331-38 du code de l’éducation. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et prise par une autorité compétente, et que le maintien en 3e résultait de l’absence d’affectation en CAP, sans nécessité de consentement parental pour un redoublement de fait.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2024, Mme C... B..., agissant en sa qualité de représentante légale de son fils E... B..., représentée par Me Chouki, demande au tribunal :

d’annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle rectrice de l’académie de Normandie a décidé de l’affectation de son fils en classe de 3e au collègue « La Belle Etoile » à Montivilliers ;

d’enjoindre à l’autorité compétente d’affecter son fils en certificat d’aptitude professionnelle (CAP) monteur en installations thermiques (MIT) ou électricien, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... soutient que la décision :

a été adoptée par une autorité incompétente ;
souffre d’un défaut de motivation ;
a été adoptée à la suite d’une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l’article D. 331-34 du code de l’éducation car elle n’a pas donné son consentement au redoublement de son fils ;
procède d’une erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l’article D. 331-37 du code de l’éducation car elle n’a pas donné son consentement libre et éclairé au redoublement de son fils ;
procède d’une erreur manifeste d’appréciation car le maintien en classe de 3e est une source de souffrance pour son fils.



Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, la rectrice de l’académie de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’éducation ;
le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Deflinne, premier conseiller ;
et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

E... B..., né le 30 décembre 2008, était scolarisé au collège « Léo Lagrange » du Havre au cours de l’année scolaire 2022-2023 durant laquelle il a exprimé trois vœux pour son affectation post-3ème. À l’issue du premier tour d’affectation, E... a été placé sur liste supplémentaire en 26ème position pour son premier vœu, en 42ème position pour son deuxième vœu et en 97ème position pour son troisième vœu. Informé des places vacantes, il a formulé de nouveaux vœux pour le second tour d’affectation. Ses trois demandes tendant à intégrer une seconde professionnelle ayant été refusées, il a été accueilli sur les sessions d’accueil scolaire (SAS) en lycée professionnel tout en restant inscrit dans son établissement d’origine. E... a effectué un stage d’immersion dans le cadre de la session d’accueil scolaire au lycée Schuman-Perret du Havre sur une formation de CAP menuisier installateur mais n’a pas été retenu pour continuer cette formation. Par décision du 21 décembre 2023, il a été affecté au collège « La Belle Etoile » de Montivilliers. Mme B... demande l’annulation de cette décision.

En premier lieu, Mme D... A..., directrice académique des services de l’éducation nationale de la Seine-Maritime, disposait d’une délégation de la rectrice d’académie en vertu tant des dispositions de l’article D. 331-38 du code de l’éducation que de l’arrêté du 7 février 2023 de la rectrice de l’académie de Normandie, à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est donc suffisamment motivée.

En troisième lieu, aux termes de l’article D. 331-34 du code de l’éducation : « Lorsque les propositions ne sont pas conformes aux demandes, le chef d'établissement, ou son représentant, reçoit l'élève et ses parents ou l'élève majeur, afin de les informer des propositions du conseil de classe et de recueillir leurs observations. Le chef d'établissement présente, à cette occasion, les recommandations émises par le conseil de classe dans les conditions définies à l'article D. 331-32. Le chef d'établissement prend ensuite les décisions d'orientation dont il informe l'équipe pédagogique, et les notifie aux parents de l'élève ou à l'élève majeur. Le chef d'établissement peut conseiller, notamment quand le conseil de classe l'a recommandé, à l'élève et à ses représentants légaux que celui-ci suive un dispositif de remise à niveau. Les décisions non conformes aux demandes font l'objet de motivations signées par le chef d'établissement. Les motivations comportent des éléments objectifs ayant fondé les décisions, en termes de connaissances, de capacités et d'intérêts. Elles sont adressées aux parents de l'élève ou à l'élève majeur qui font savoir au chef d'établissement s'ils acceptent les décisions ou s'ils en font appel, dans un délai de trois jours ouvrables à compter de la réception de la notification de ces décisions ainsi motivées. »

Il ressort des pièces du dossier qu’après n’avoir obtenu aucune des orientations en 2nde professionnelle qu’il avait sollicitées, le fils de Mme B... a, à l’issue du second tour de vœux, été maintenu en classe de 3ème à compter du 11 septembre 2023, le temps pour lui de redéfinir son projet de formation avant d’envisager une nouvelle affectation. Le maintien en classe de 3ème de l’intéressé est ainsi intervenu dès cette date, la décision du 21 décembre 2023 ne venant à cet égard que confirmer ce maintien et affecter le jeune E... dans un établissement, faute pour l’intéressé d’avoir pu intégrer une formation de CAP durant la phase qui lui avait été offerte d’immersion au Lycée Schuman – Perret du Havre. Par suite, la décision du 21 décembre 2023 n’étant pas constitutive d’une décision d’orientation prise par le chef d’établissement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article D. 331-34 du code de l’éducation est inopérant et ne peut qu’être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article D. 331-37 du code de l’éducation : « Lorsque les parents de l'élève ou l'élève majeur n'obtiennent pas satisfaction pour les voies d'orientation demandées, ils peuvent, de droit, obtenir le maintien de l'élève dans sa classe d'origine pour la durée d'une seule année scolaire. »

Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la décision du 21 décembre 2023 s’est bornée à affecter le fils de Mme B... dans un établissement scolaire et ne constitue pas une décision d’orientation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article D. 331-37 du code de l’éducation est inopérant alors, au surplus, qu’il ressort du courrier du 20 novembre 2023 signé par Mme B... que celle-ci a demandé le maintien de son fils en classe de 3ème faute pour ce dernier d’avoir pu intégrer la formation de CAP MIT.

En dernier lieu, la circonstance que le fils de Mme B... ne se sente pas à sa place en classe de 3ème est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle rectrice de l’académie de Normandie a décidé de l’affectation de son fils E... en classe de 3e au collège « La Belle Etoile » à Montivilliers. Par voie de conséquence les conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés à l’instance doivent être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., agissant en qualité de représentante légale de son fils E... B... et à la rectrice de l’académie de Normandie.


Délibéré après l’audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Banvillet, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025



Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
M. BANVILLET


Le greffier,


signé

N. BOULAY


La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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