lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400564 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | GOMEZ AUDREY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2024 et un mémoire enregistré le 19 février 2024, M. B A, retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté qui lui a été notifié le 13 février 2024 par lequel le préfet de l'Orne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée ;
*a méconnu son droit d'être entendu ;
*est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
*est entachée d'erreur de fait ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays de renvoi :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée ;
*est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- la décision refusant un délai de départ volontaire :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée ;
*est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée ;
*est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Armand, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 19 février 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Gomez, avocate désignée d'office pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de l'Orne n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 15 avril 1983, a déclaré être entré en France en 1989. Après avoir été titulaires de plusieurs titres de séjour, il a présenté, le 16 mai 2023, une demande d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-21, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande qui a été rejetée par un arrêté du préfet de l'Orne qui lui a été notifié le 13 février 2024. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans cet arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Yohan Blondel, secrétaire général de la préfecture de l'Orne, qui détenait cette compétence en application d'un arrêté de délégation du préfet de l'Orne du 27 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, elle est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Orne aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
6. En l'espèce, M. A a pu, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait ce titre et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.
7. En dernier lieu, si M. A doit être regardé comme séjournant en France depuis 24 ans, le bulletin n° 2 de son casier judiciaire mentionne trente infractions commises entre 2001 et 2019, dont de nombreux délits. De plus, au cours de sa détention, il a fait l'objet de cinq procédures disciplinaires. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur et de son frère de nationalité française, ainsi que d'une relation de concubinage qu'il entretiendrait depuis plus de dix ans, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité de ces relations. Dans ces conditions, et alors même que le requérant a poursuivi sa scolarité sur le territoire français, qu'il a suivi une formation en prison et qu'il produit une promesse d'embauche, la décision attaquée, compte-tenu de la menace grave pour l'ordre public représentée par la présence en France de M. A et du fait qu'il a passé la majeure partie de sa vie en détention, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire ;
8. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence et du défaut de motivation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
9. En deuxième lieu, il résulte ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français en litige n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen, dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire, tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
9. En dernier lieu, dès lors que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, les moyens tirés de la méconnaissance du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence, du défaut de motivation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
11. En second lieu, il résulte ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français en litige n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence, du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
13. En deuxième lieu, il résulte ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français en litige n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen, dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
15. Dès lors que le comportement de M. A constitue une menace grave pour l'ordre public, ce qui pouvait justifier qu'une interdiction de retour de dix ans soit prise à son encontre, la décision interdisant son retour en France pour une durée de seulement cinq ans n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées. Le moyen doit donc être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Orne
Prononcé en audience publique le 19 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. Armand
La greffière,
Signé
S. Leconte
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400564
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026