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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400565

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400565

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 15 février 2024, M. E A B, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 16 février 2024, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Mukendi Ndonki, pour M. A B, qui reprend ses conclusions et moyens, ajoute que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français devra entrainer l'annulation de son signalement dans le système d'information Schengen et que la durée de cette mesure est disproportionnée, et que l'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité algérienne, demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans et, d'autre part, d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence.

Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la nationalité de M. A B, son absence de titre de séjour en France, son entrée irrégulière, l'absence de production de documents d'identité ou de voyage, le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre, sa mise en cause pour violences sur sa compagne mineure et l'absence de preuve qu'il risquerait des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cet arrêté est donc suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. A B n'aurait pas été examinée avant l'édiction de la décision en litige.

4. En dernier lieu, si M. A B, né en 1987, soutient être entré en France en avril 2019, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, y avoir sa résidence habituelle. S'il affirme avoir engagé des démarches pour régulariser sa situation administrative, ce que confirme son avocat à l'audience en affirmant avoir reçu l'intéressé le 30 janvier 2024 à son cabinet et lui avoir demandé la production de pièces, il est entré irrégulièrement sur le territoire et n'avait pas, à la date de la mesure contestée, déposé de demande de titre de séjour. S'il produit trois chèques qui attesteraient du versement d'un salaire et des bulletins de salaires couvrant les mois de mars et d'avril 2021 et, sans discontinuité, la période de juin 2021 à novembre 2023 ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de mécanicien automobile, et un diplôme algérien d'aptitude professionnelle dans la spécialité Mécanicien en réparation des véhicules poids légers, il ne démontre pas que son employeur aurait engagé des démarches pour faire viser son contrat de travail. Il ne fait état d'aucune insertion sociale particulière en France et ne démontre pas être dépourvu de toute attache en Algérie, son pays d'origine. Compte tenu des buts poursuivis, en ayant obligé M. A B à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 2 et 4.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. A B n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, M. A B est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans régulariser sa situation administrative. Il n'a présenté ni document d'identité ni passeport valide. Il existe donc un risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision contestée et du défaut de base légale sont écartés pour les motifs exposés aux points 2 et 6.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. A B est entré irrégulièrement en France sans régulariser sa situation administrative durant ses cinq ans de séjour, il travaille depuis plus de deux ans et demi comme mécanicien automobile sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, dispose d'un logement autonome et a déclaré ses revenus à l'administration fiscale. Il affirme sans que cela soit contredit par le préfet de la Seine-Maritime, non présent à l'audience, ni par les pièces du dossier, que sa compagne s'est rétractée de ses allégations de violence lors d'une confrontation organisée par les services de police et qu'aucune suite pénale n'a été donnée à la suite de sa garde à vue pour violences volontaires sur conjointe. En dehors de cette garde à vue, M. A B ne s'est pas fait connaître défavorablement par les services de police et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans les circonstances de l'espèce, en interdisant le retour de M. A B sur le territoire français pendant la durée de trois ans, le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur d'appréciation de sa situation et le requérant est, par suite, fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

Sur la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris par Mme D C qui bénéficiait, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2023-191 du 22 décembre 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision querellée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A B le 13 février 2024, l'adresse que l'intéressé a déclarée, l'absence de présentation d'un document de voyage et les diligences nécessaires, notamment consulaires, pour l'organisation de son départ. La décision en litige est donc suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'Algérie ne délivrerait pas de laissez-passer consulaire à M. A B. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision a été prise sans examen de sa situation personnelle et qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'aucune perspective raisonnable de départ n'existe.

14. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. A B n'est pas entachée d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Les moyens tirés du défaut de base légale et de l'annulation par voie de conséquence doivent donc être écartés.

15. En dernier lieu, M. A B est assigné à l'adresse où il loue un logement depuis mars 2021. Il travaille sans autorisation et ne fait pas état d'obstacle précis à ce qu'il satisfasse à ses obligations de pointage deux fois par semaine entre 9 h et 12 h ou entre 14 h et 17 h. Il n'établit, ni même n'allègue, avoir les moyens financiers lui permettant d'organiser lui-même son départ. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit donc être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. A B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans. Cette annulation implique nécessairement, en application des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans impliquer nécessairement d'autres mesures d'exécution et sans qu'il y soit besoin d'ordonner une astreinte. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à cette suppression. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande que présente M. A B, qui n'est pas la partie gagnante pour l'essentiel, au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 février 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. A B le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. A B dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La magistrate désignée,

H. JEANMOUGINLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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