Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février 2024 et 24 août 2025, M. D... E... et Mme G... E..., représentés par Me Eraerts, demandent au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 25 août 2023 par lequel le maire de la commune de Montivilliers ne s’est pas opposé à la déclaration préalable déposé par M. C... et Mme F... pour une division parcellaire en vue de construire sur une parcelle située 46 chemin de Buglise, ensemble l’annulation de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Montivilliers de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 ;
3°) de condamner la commune aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- la décision est entachée d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet dès lors qu’il mentionne l’existence de deux certificats d’urbanisme sans les joindre au dossier, et la décision attaquée vise les prescriptions du certificat d’urbanisme sans qu’ils soient joints à cette décision ;
- la décision méconnaît les dispositions de l’article R. 421-19 du code de l’urbanisme, le projet devant faire l’objet d’un permis d’aménager ;
- elle est entachée d’un détournement de procédure dès lors que le projet devait faire l’objet d’un permis d’aménager ;
- elle est entachée de fraude ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme dès lors qu’elle ne prévoit aucune prescription en matière de lutte contre l’incendie et que le projet prévoit deux fosses septiques, alors que la parcelle est raccordée au réseau public d’assainissement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juin 2025 et 8 septembre 2025, M. A... C... et Mme B... F..., représentés par Me Malet, concluent à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l’article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- les requérants n’ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2025, la commune de Montivilliers, représentée par Me Tugaut, conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l’article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à titre infiniment subsidiaire, de faire application de l’article L. 600-5 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n’ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- les observations de Me Drubreuil-Mekkaoui, substituant Me Eraerts, représentant M. et Mme E... ;
- les observation de Me Gnokam, substituant Me Tugaut, représentant la commune de Montivilliers ;
- et les observations de Me Malet représentant M. C... et Mme F....
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juillet 2023, M. C... a déposé une déclaration préalable pour une division parcellaire en trois lots de la parcelle cadastrée CC 0046 située 46 chemin de Buglise sur le territoire de la commune de Montivilliers en vue de construire. Par l’arrêté du 25 août 2023, le maire de la commune de Montivilliers ne s’est pas opposé à la déclaration préalable. Le 24 octobre 2023, M. et Mme E... ont adressé un recours gracieux à la commune de Montivilliers qui a été rejeté implicitement. Les requérants contestent l’ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° M-AR2301-043 du 24 janvier 2023, le maire de la commune de Montivilliers a donné délégation à M. Aurélien Lecacheur, conseiller municipal délégué, afin de signer notamment la délivrance des autorisations en matière de droit des sols. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 431-35 du code de l’urbanisme dans sa version alors applicable : « La déclaration préalable précise : / a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / c) La nature des travaux ou du changement de destination ; (…) i) S'il y a lieu, les demandes d'autorisation et les déclarations dont le projet a déjà fait l'objet au titre d'une autre législation que celle du code de l'urbanisme ; (…) La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une déclaration préalable. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ».
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ou de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l’autorisation d’urbanisme qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Les requérants soutiennent que les certificats d’urbanisme CUb 76447 21 C0335 et CUb 76447 21 C0349 délivrés le 3 mars 2022 ne sont pas joints au dossier de déclaration préalable. Toutefois, aucun texte législatif ou réglementaire n’impose qu’un certificat d’urbanisme délivré antérieurement à la demande soit joint au dossier de demande préalable. En tout état de cause, les pétitionnaires ont indiqué dans le dossier de déclaration préalable qu’ils étaient titulaires de deux certificats d’urbanisme en date du 3 mars 2022 sur la parcelle en cause et indiquent les n° de ces certificats. Si ces certificats n’étaient pas joints au dossier de demande préalable, cette circonstance n’a pas induit l’administration en erreur dès lors que c’est elle qui a délivré ces certificats d’urbanisme. Par ailleurs, la circonstance que les certificats d’urbanisme délivrés le 3 mars 2022 ne soient pas joints à la décision attaquée telle que communiquée par l’administration aux requérants, alors que l’article 2 de la décision contestée indique que « les prescriptions indiquées dans les CUb n° 076 447 21 C0335 et 076 447 21 C0349 devront être respectées » est, en tout état de cause, sans incidence sur la complétude du dossier. Dès lors, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 421-19 du code de l’urbanisme : « Doivent être précédés de la délivrance d’un permis d’aménager : / (…) a) Les lotissements : / -qui prévoient la création ou l’aménagement de voies, d’espaces ou d’équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; (…) ». Aux termes de l’article L. 442-1 du même code : « Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ».
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet en cause prévoit la division de la parcelle cadastrée CC 0046 en trois lots, un lot A à bâtir de 769 m2, un lot B1 déjà bâti de 1 720 m2 qui n’a pas vocation à accueillir de construction supplémentaire, et un lot C1 à bâtir de 1 174 m2. Le lot C1 disposera d’un accès privatif à la voie publique, en l’espèce le chemin de Buglise. La voie à créer dans le cadre du projet, qui sera située, au sein du lot B1, le long de la limite séparative selon un tracé différent du chemin d’accès existant et fera l’objet d’une servitude de passage au bénéfice du lot A, desservira le lot B1 qui est déjà bâti, et le lot A à bâtir. Par suite, cette voie nouvelle ne sera pas commune à « plusieurs lots destinés à être bâtis » au sens de l’article R. 421-19 du code de l’urbanisme. Dès lors, le projet n’avait pas à faire l’objet d’un permis d’aménager. Le moyen tiré de la méconnaissance du champ d’application de l’article R. 421-19 du code de l’urbanisme ainsi que celui du détournement de procédure et de la fraude doivent être écartés.
8. Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l'urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ».
9. D’une part, il ressort des pièces du dossier que la voie d’accès aux deux lots destinés à accueillir une construction et le lot construit sont desservis par une voie d’une largeur de 4,37 mètres suffisante pour l’accès des véhicules de secours. Par ailleurs, le point eau incendie n°27 est situé à 82 mètres du projet et a un débit de 120 m3 par heure ce qui suffisant pour assurer la sécurité incendie.
10. D’autre part, alors que la déclaration préalable contestée ne vise qu’à autoriser la division en vue de construire, il n’est pas établi qu’un assainissement individuel sera mis en place dans le cadre des constructions qui seront édifiées sur les lots à bâtir, alors, au demeurant, que la parcelle d’assiette est raccordée au réseau d’assainissement collectif.
11. Dès lors, la décision contestée n’est entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l’annulation de l’arrêté du 25 août 2023 par lequel le maire de la commune de Montivilliers ne s’est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. C... et Mme F... pour une division parcellaire en vue de construire, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux.
Sur les frais d’instance :
13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Montivilliers, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. et Mme E... une somme de 750 euros au titre des frais exposés par la commune de de Montivilliers et non compris dans les dépens, et une somme de 750 euros au titre des frais exposés par M. C... et Mme F... et non compris dans les dépens.
14. La présente instance n’a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par M. et Mme E... tendant à la mise à la charge des dépens ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le requête de M. et Mme E... est rejetée.
Article 2 : M. et Mme E... verseront une somme de 750 euros à M. C... et Mme F... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. et Mme E... verseront une somme de 750 euros à la commune de Montivilliers en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D... E... et Mme G... E..., à M. A... C... et Mme B... F... et à la commune de Montivilliers.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
et Mme Delacour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.
Le rapporteur,
signé
C. Bellec
La présidente,
signé
C. Galle
La greffière,
signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.